Une sélection d'objets célestes à découvrir dans le fameux Triangle d'été à l'oeil nu, aux jumelles et avec un petit télescope

par Carine Souplet

le Triangle d'été

Les douces nuits d’été sont une invitation à lever les yeux. Alors que la nuit grignote le crépuscule, une, puis deux, puis trois étoiles brillantes apparaissent autour du zénith : c’est le Triangle d’été et ses trésors ! Une petite randonnée dans ce périmètre permet de faire connaissance avec une jolie palette d’objets, pour quelques-uns juste avec les yeux, sinon avec des jumelles et un petit instrument et à condition d’observer en absence de pollution lumineuse ou de lumière lunaire. Tentés par la balade ? On vous guide !

Identifions d’abord un peu mieux le Triangle d’été et les constellations qu’il couvre. Les sommets de la figure sont matérialisés par trois brillantes étoiles. Véga est la plus éclatante et apparaît donc la première. Elle fait partie de la petite mais bien visible constellation de la Lyre, au parallélogramme caractéristique. L’étoile Deneb se trouve plus à l’est, elle marque la queue de la constellation du Cygne, qui dessine une grande croix. Quant à l’étoile Altaïr, elle matérialise l’angle le plus aigu du Triangle, celui situé le moins haut dans le ciel et c’est aussi la tête de l’Aigle. A ces trois constellations, il faut en ajouter deux autres situées à l’intérieur de la figure géométrique : la Flèche et le Petit Renard, plus discrètes mais tout aussi intéressantes.

photo Voie Lactée dans le Triangle d'été
Cette photo du ciel quasi-entier révèle la Voie Lactée qui traverse le triangle d'été.
d'après photo de Sylvain Wallart (prise avec un objectif fish-eye)

La Voie lactée

Le Triangle de l’été est traversé dans sa plus grande longueur par une célébrité nocturne, la Voie lactée, qui ceinture tout notre ciel et n’est autre que la Galaxie à l’intérieur de laquelle nous nous trouvons. Ce disque aplati que nous admirons de l’intérieur est constitué de 200 milliards d’étoiles. Elles sont pour la plupart trop éloignées pour être vues individuellement et c’est pourquoi nous percevons une grande bande laiteuse à l’œil nu (un peu comme on perçoit une dune, mais pas les grains de sable qui la constituent).

La légende dit que la Voie lactée n’est autre que la longue traînée de lait qui s’est répandue dans le ciel après qu’Hercule ait tété trop vigoureusement au sein de la déesse Junon. C’est un symbole d’abondance, ce qui est également vrai d’un point de vue astronomique : promenez-vous aux jumelles rien que dans le Triangle d’été et à ses abords, vous serez surpris par tout ce que vous y décèlerez ! Notre balade, consacrée à quelques-uns de ces objets parmi les plus accessibles, en est un petit aperçu.

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Dans la Lyre

Après cet échauffement dans la Voie lactée, concentrez votre regard vers la Lyre. Petite par sa taille, cette constellation n’en est pas moins remarquable par sa luminosité et les objets qu’elle recèle. Selon la mythologie, la Lyre a été fabriquée par Hermès à partir de la carapace d’une tortue. Le dieu était facétieux, et il se fit attraper un jour par Apollon à qui il avait volé des bœufs. Pour se faire pardonner, Hermès donna sa Lyre à Apollon, qui fût charmé par le son merveilleux qui sortait de l’instrument de musique.

illustration-Lyre-Valentine-Dubois
carte constellation de la Lyre

Des petites merveilles, il y en a dans la Lyre. L’étoile Véga, la plus brillante, est d’un beau blanc-bleuté. Située à environ 25 années-lumière, Véga a longtemps servi d’étalon zéro pour l’échelle des magnitudes, jusqu’à ce que les scientifiques ne réalisent que l’astre varie légèrement. C’est aussi le point de repère idéal pour localiser le système d’étoiles multiples Epsilon 1 et Epsilon 2 (ε1 et ε2), qui avec Véga et l’étoile Dzêta (ζ) forment un triangle isocèle. Percevoir la dualité du couple à l’œil nu est gage d’une excellente vue. Des jumelles facilitent la séparation et avec un instrument un peu plus puissant, vous verrez que chacune des deux étoiles est elle-même double ! Ces quatre étoiles sont liées physiquement (elles tournent ensemble deux à deux) et se situent à environ 160 années-lumière de nous.

A l’autre bout de la constellation, un autre objet, plutôt accessible aux petits instruments, mérite largement le détour : la nébuleuse planétaire M 57 est située entre les étoiles Bêta (β) et Gamma (γ). Aux jumelles, l’objet est brillant mais d’aspect quasi ponctuel, en revanche avec un grossissement d’au moins 40 fois, vous percevrez la forme de la nébuleuse, comparable à un petit anneau de fumée. Une nébuleuse planétaire se forme à la fin de la vie d’une étoile de moins de huit masses solaires, lorsque celle-ci expulse son enveloppe extérieure qui s’éloigne progressivement dans l’espace en formant une bulle gazeuse : la nébuleuse planétaire. A part la rotondité, rien à voir donc avec les planètes ! Ici, l’étoile à l’origine de M 57 est située entre 1 300 et 3 300 années-lumière de nous, et a expulsé son enveloppe en fin de vie il y a environ 20 000 ans.

photo nébuleuse M57
Dans un télescope d'amateur, M57 est petit anneau. En médaillon: M57 photographiée par le télescope Hubble.
crédits: Gérard Bauza - NASA
carte constellation du Cygne avec Albireo

Dans le Cygne

A l’est de la Lyre, la grande constellation du Cygne occupe une grande partie de la superficie du Triangle de l’été. Deneb, l’étoile principale de magnitude 1,3, matérialise sa queue. A l’opposé, la tête est représentée par l’étoile double Albireo, repérable à l’œil nu avec une magnitude de 3,2. Aux jumelles, sa dualité se devine, mais il est plus confortable de grossir 20 fois et davantage pour bien séparer les deux composantes liées physiquement et situées à environ 400 années-lumière.

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L’une est bleutée, l’autre orangée, une belle occasion de voir l’Univers en couleurs ! Cette différence de teinte est liée à leur température de surface : le bleu témoigne d’une température chaude d’au moins 20 000 degrés, l’orangé d’une température plus proche des 4 000 degrés.

carte constellation du Cygne avec Albireo
repérage de l'amas M39

Retournez ensuite vers Deneb et poursuivez dans le sillage du Cygne, un peu en dehors du Triangle d’été. Avec un regard attentif, il n’est pas difficile de distinguer le petit poudroiement de l’amas ouvert M 39. Un amas ouvert, c’est un ensemble d’étoiles jeunes, bleutées et donc chaudes, nées dans un même nuage de gaz et qui ne se sont pas encore éparpillés… Une fois M 39 repéré à l’œil nu, pointez-le aux jumelles (ou si vous ne le voyez pas à l’œil nu, déplacez-vous vers l’est de deux champs de jumelles à partir de Deneb) : vous pourrez y compter une vingtaine d’étoiles bleutées regroupées dans une forme triangulaire. L’arrière-plan de la Voie lactée, riche en étoiles, empêche toutefois M 39 de bien se détacher : aussi, tentez son observation avec un petit instrument et un grossissement de 20 à 40 fois environ pour le rendre plus éclatant.

L’Aigle

Le troisième sommet du Triangle d’été, celui qui pointe vers l’horizon sud aux latitudes tempérées de l’hémisphère nord, est matérialisé par l’étoile Altaïr de l’Aigle, de magnitude 0,8. L’Aigle était l’oiseau préféré de Zeus en raison de sa force et de son regard perçant, mais il fût tué par Hercule parce qu’il harcelait Prométhée. Le père de tous les dieux plaça alors le rapace au firmament pour le garder près de lui. Dans l’Aigle, tentez de relever un petit défi aux jumelles près de l’étoile Gamma (γ) : l’observation les nébuleuses obscures Barnard 142 et 143, des nuages de poussières et d’hydrogène atomique situés en avant-plan de la Voie lactée et qui masquent sa lueur et donnant la perception d’un « trou » sombre. Barnard 143 a la forme d’un croissant, que Barnard 142 souligne d’un trait. Sous un bon ciel, les deux objets se devinent avec des jumelles 10x50, et sont bien visibles dans tout instrument de plus de 70 mm de diamètre. Les poussières de ces nuages, qui mesurent de 1/1000e à 1/10 000e de millimètre, sont constitués de carbone ou de métaux et sont recouverts de glace d’eau ou de méthane.

repérage de Barnard 142 et 143
repérage de l'amas M71 dans la Flèche
L’amas globulaire M 71 (flèche bleue) se trouve au cœur de la Flèche.
crédit: SDSS

La Flèche et le Petit Renard

Entre le Cygne et l’Aigle, deux constellations plus discrètes recèlent elles-aussi de petits joyaux. La Flèche n’est autre que celle qu’Hercule a utilisée pour tuer l’Aigle. D’une superficie modeste, la constellation abrite le bel amas globulaire M 71 : ce regroupement de vieilles étoiles se trouve comme tous les amas globulaires en périphérie de notre Voie lactée, à environ 14 300 années-lumière. Son repérage est très simple aux jumelles, entre Gamma (γ) et Delta (δ), où il apparaît comme une petite nébulosité ronde. Si vous avez la chance de l'observer avec un grossissement de 40 fois et plus, sa forme sera d’autant plus évidente, accompagnée de quelques étoiles en surimpression et aux alentours.

repérage M71, M27 et astérisme du cintre ou du porte-manteau

La Flèche est un repère idéal pour vous diriger vers un autre objet très apprécié pour son esthétique : la nébuleuse planétaire M 27, appelée selon les cas l’haltère, le trognon de pomme ou pour les anglo-saxons, Dumbbell (le battant de cloche) et située dans le Petit Renard. Pour trouver facilement la nébuleuse, placez les étoiles Dzéta (ζ) et Delta (δ) de la Flèche dans le bord inférieur droit des jumelles 10x50 et reportez six fois la distance qui les séparent selon l’axe qu’elles indiquent en direction du Petit Renard, vers le nord-est. M 27 est juste sous l’étoile 14 qui marque aussi le centre d’un demi-cercle d’étoiles bien visibles, elle apparaît aux jumelles comme une nébulosité de taille respectable et plutôt rectangulaire.

Située à moins de 1 000 années-lumière de nous, c’est la plus brillante nébuleuse planétaire du catalogue Messier avec une magnitude de 7,3. Avec un petit instrument, un grossissement de 40 fois et plus vous révélera de nombreux détails dont l’étranglement central et si vous réitérez régulièrement son observation attentive, sans doute y décèlerez-vous à chaque fois de nouveaux détails de structure ! Attention, il faut quand même un oeil bien adapté à l'obscurité car la nébuleuse reste un objet peu lumineux pour la vision humaine (et sans couleur perceptible), contrairement au rendu obtenu sur les photos prises avec des capteurs électroniques.

photo nébuleuse M27
M27 photographiée par l'Observatoire Européen Austral.
crédit: ESO
photo astérisme du Cintre ou du Porte-manteau
L’astérisme du Cintre a une forme bien reconnaissable aux jumelles, même si en pratique il est plutôt vu à l'envers.
crédit: SDSS

Dernière étape de cette balade céleste, toujours dans le Petit Renard : l’astérisme du Cintre ou du Porte-manteau, référencé aussi sous le nom de Collinder 399 ou amas de Brocchi. Astérisme, kézako ? Tout simplement une figure facilement identifiable dans le ciel et constituée par des étoiles n’ayant aucun rapport physique entre elles (elles sont souvent situées à des distances très différentes). Le Cintre en est l’un des plus beaux exemples du ciel estival : il est à la limite de la visibilité à l’œil nu sous un ciel bien noir et l’observation aux jumelles montre instantanément pourquoi on lui a choisi ce nom ! La figure est constituée de dix étoiles de magnitudes 5 à 7, et se trouve à un champ de jumelles au nord-ouest de la Flèche.

Voie lactée, étoiles multiples et colorés, nébuleuses planétaires, amas ouvert, amas globulaire, nébuleuses obscures et astérisme : la randonnée céleste dans le Triangle de l’été tient donc ses promesses ! Et encore, ce n’est qu’un aperçu…

photo jumelles

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