La merveilleuse éclipse totale de Soleil du 12 août 2026 en Espagne

Instants vécus par d’heureux témoins de ce moment astronomique extraordinaire, au cœur de la bande de totalité.

Par Bertrand d’Armagnac avec la participation de Jean-Marc Lecleire et Étienne Jammes.

Photo de l’éclipse du 12 août 2026 par Étienne Jammes.
L’éclipse du 12 août 2026 en fin de phase de totalité. Remarquez les protubérances roses (jets de gaz ionisé) visibles de part et d’autre du disque solaire, et le « diamant » qui apparaît à droite, éclat de lumière signalant le début de la réapparition du Soleil masqué par la Lune. Photo : Étienne Jammes.

À Burgos pour l’éclipse avec un groupe de l’Association française d’astronomie (AFA)

L’AFA a organisé un voyage pour 50 participants, se chargeant de la réservation d’un hôtel à Burgos et du choix d’un bon terrain d’observation pour cet événement exceptionnel. Mon épouse et moi-même avons choisi cette formule très longtemps à l’avance.

L’éclipse ayant lieu en cette fin de journée du 12 août, nous profitons de la matinée et du début d’après-midi à Burgos. Nous croisons dans les rues des personnes venues de divers pays parfois vêtus de T-shirts qui montrent leur passion pour l’astronomie ou leur appartenance à un club. À l’hôtel, un journaliste de France Inter nous tend un micro pour nous faire exprimer ce que l’on ressent lors d’une éclipse totale de Soleil. Pas si facile de trouver les mots exacts ! En tout cas, nous ne cachons pas notre enthousiasme devant la perspective de vivre une nouvelle éclipse totale dans quelques heures, après une première expérience vécue aux États-Unis en 2017.

À 16h, il est temps de rassembler notre matériel puis de parcourir les quelques dizaines de kilomètres qui nous séparent du terrain d’observation. Situé en bordure d’un plateau couvert de champs moissonnés, celui-ci offre une magnifique vue plongeante en direction du couchant. Idéal pour une éclipse qui doit se produire en fin de journée avec un soleil bas sur l’horizon. De plus, la vue est agrémentée au loin par le village de Castrojeriz situé sur une colline.

photo du groupe d'observateurs de l'Association Française d'Astronomie (AFA), pendant l'éclipse du 12 août 2026 près de Burgos (Espagne).
Les membres du groupe AFA, positionnés au bord du plateau qui fait face au village de Castrojeriz. Les télescopes, lunettes et téléobjectifs sont braqués vers le Soleil. L’éclipse est déjà à un stade avancé, comme en témoignent la lumière particulière et le fin croissant de soleil visible sur l’écran de l’observateur assis à droite. Photo : B. d’Armagnac.

Nos choix de matériel : légèreté et simplicité

Notre matériel est simple pour éviter d’être accaparés par la technique durant ce phénomène qu’il faut avant tout vivre. Il est en outre léger car les organisateurs avaient prévenu qu’il faudrait marcher pour rejoindre le terrain (même s’il restait possible d’acheminer du gros matériel par véhicule).

Côté confort, nous avons deux sièges pliants et un petit parasol. Celui-ci s’avère précieux pour affronter un soleil brulant à notre arrivée sur le terrain, trois heures avant le début de l’éclipse totale.

Pour suivre les phases partielles, nous avons :

  • des lunettes d’éclipse, l’équipement le plus simple pour suivre le déroulement du phénomène ;
  • un petit télescope MaksyGo 60 monté sur un trépied et équipé d’un filtre solaire Astrosolar ASSF65, pour observer la progression de la Lune devant le disque solaire.
Photo montrant le matériel utilisé pour observer les phases partielles de l'éclipse du 12 août 2026.
Observation des phases partielles de l’éclipse avec un télescope MaksyGo 60 monté sur un trépied et muni d’un filtre solaire. Photo : S. d’Armagnac.

Pour la phase de totalité, nous prévoyons de laisser de côté le télescope et d’observer uniquement à l’œil nu et aux jumelles, sans aucun filtre, confortablement assis. Cela nous semble la meilleure manière de vivre pleinement le moment fort du spectacle, dont nous savons qu’il sera bref (1 minute 40 de totalité).

Nos jumelles sont :

  • des  « 10×50 », très classiques en astronomie amateur,
  • des « 12×36 » stabilisées.

La phase partielle avant la totalité

Après quelques tâtonnements pour trouver l’endroit idéal sur le terrain, et diverses opérations d’installation, nous sommes fin prêts pour le début du phénomène. Nous ne regrettons pas d’être arrivés bien à l’avance malgré la chaleur terrible qui règne jusqu’à la fin de l’après-midi.

Juste avant l’heure annoncée pour le premier contact, nous mettons l’œil à l’oculaire du MaksyGo pour guetter l’arrivée de la Lune au bord du disque solaire. Une tout petite échancrure apparaît sur la droite, exactement à l’heure dite ! Une fois de plus, les calculs de mécanique céleste démontrent leur efficacité… et les astres leur ponctualité. Quelques instants plus tard, l’échancrure a déjà grossi et devient visible sans télescope, avec nos lunettes d’éclipse. Nous revenons de temps en temps à l’oculaire pour suivre de manière plus précise la progression de la Lune. Le gros disque noir grignote l’astre du jour, lentement mais sûrement. Certaines taches solaires restent visibles sur le bord gauche, qui attendent leur tour. Je prends quelques photos très simples avec mon téléphone. Celui-ci est fixé sur l’oculaire grâce à l’adaptateur fourni avec le télescope.

Photo de la phase partielle de l'éclipse du 12 août 2026 vue dans un petit télescope. Crédit : B. d'Armagnac.
La Lune a déjà bien mordu le Soleil. Photo prise au smartphone avec un télescope MaksyGo 60 muni d’un filtre Astrosolar ASSF65. Photo : B. d’Armagnac.

Le moment intense du basculement dans la totalité

Après presque trois heures passées sur le terrain et une heure de phase partielle, le temps s’accélère. Dans les quelques minutes qui précèdent la totalité, la lumière se fait de plus en plus étrange. Elle se met à baisser plus rapidement, le croissant de soleil devenant de plus en plus mince, presque insignifiant dans les lunettes tout en étant encore éblouissant. On sent vraiment qu’il se passe quelque chose, la fébrilité augmente ! Dans les 30 dernières secondes, la lumière décline encore plus rapidement, comme si un palier venait d’être franchi. Elle semble prendre une coloration étrange, presque verdâtre.

Puis c’est le grand basculement, en l’espace de quelques secondes : le Soleil darde ses derniers rayons, c’est le « diamant », puis il change totalement de physionomie : le fameux « soleil noir » apparaît ! Le disque solaire est alors parfaitement masqué par la Lune et on peut le fixer sans lunettes de protection. Le site est plongé dans l’obscurité, nous voyons Vénus briller à gauche du Soleil, et un peu plus haut l’étoile Arcturus ! Le Soleil est entouré d’une magnifique couronne, parfaitement visible à l’œil nu, d’une belle couleur blanche très douce tirant sur le crème ou le jaune clair. La couronne solaire, rappelons-le, est l’atmosphère externe du Soleil, visible seulement pendant une éclipse car faiblement lumineuse (1 million de fois moins brillante que le disque solaire).

Nous restons quelques secondes à admirer ce spectacle à l’œil nu. Très vite, nous constatons qu’une magnifique protubérance est visible sur le bord gauche du Soleil. Nous braquons nos jumelles pour mieux la voir. La couleur de cet immense jet de gaz est étonnante : un rose vif, lumineux, presque fluo ! Et la couronne est magnifique. Le temps semble suspendu pendant ces instants magiques… puis je réalise que la Lune s’est déjà déplacée vers la gauche. La grosse protubérance se fait plus petite, en partie masquée maintenant, tandis qu’à droite le spectacle me semble encore plus merveilleux : plusieurs petites protubérances apparaissent, comme un chapelet de petits grains roses en arc de cercle ! Ce rose si vif me surprend, un peu différent du souvenir que j’avais gardé de l’éclipse observée neuf ans auparavant. En tout cas, l’intensité de cette couleur fait vraiment comprendre pourquoi la basse atmosphère du Soleil est appelée chromosphère.

Nous n’avons pas pris de photo du Soleil pendant la totalité, mais mon téléphone était positionné quelques mètres derrière nous pour capturer l’ambiance et l’apparition du « soleil noir ».

La phase de totalité vécue pendant l’éclipse du 12 août 2026 avec le groupe de l’AFA. La vidéo commence à 40 secondes du début de la totalité, alors que le Soleil est éclipsé à 99 %. Vidéo : B. d’Armagnac.

Un merveilleux coucher de soleil

Après la totalité, nous portons moins d’attention au Soleil qui reste en grande partie éclipsé pendant un long moment. L’essentiel est terminé, mais un petit supplément nous attend, nous qui avons déjà eu tant de chance de vivre cette éclipse totale. D’abord, les organisateurs avaient prévu un apéritif pour fêter l’événement. Nous nous laissons prendre par l’atmosphère à la fois festive et un brin nostalgique. L’air est devenu doux, la lumière se remet à décliner au coucher du Soleil. Celui-ci est encore un peu éclipsé et on peut le regarder sans protection ! Un verre à la main, nous vivons ce nouveau moment hors du temps. Nous faisons connaissance de quelques personnes du groupe. La discussion porte déjà sur la perspective de l’éclipse du 2 août 2027.

photo de coucher de soleil au soir du 12 août 2026 à la fin de l'éclipse.
Coucher de soleil au soir du 12 août 2026. Une petite échancrure est encore visible au bord du disque solaire. Photo : B. d’Armagnac.

Le choc pour ceux qui ont vécu leur première éclipse

Pour nous c’était la deuxième éclipse totale réussie. Une expérience merveilleuse dont on ne se lasse pas ! Pour d’autres c’était une première, comme pour ce couple d’amis, que nous avions retrouvé sur place. Philippe, astronome amateur de longue date, témoigne : « j’avais déjà vu depuis longtemps des quantités des photos d’éclipse, je savais à quoi m’attendre, et pourtant j’ai été sous le choc. Ce sont des instants inoubliables ! ». Katie reconnaît que l’événement valait le déplacement : « c’est vrai qu’avant je croyais que c’était juste un truc de passionné ; maintenant, oui, je comprends ! ».

Pour Étienne aussi, cette éclipse totale a été une première et un choc. Cet astronome amateur expérimenté l’a vécue à Andaluz, dans la province de Soria. Il témoigne : « Quelques secondes avant la totalité, je suis dos au Soleil pour enlever le filtre de ma lunette. Je me retourne et là, j’ai le souffle coupé ! (Je ne m’attendais pas à avoir cette réaction !) La couronne solaire était magnifique. Aux jumelles, elle était encore mieux résolue que sur les photos auxquelles on est habitué. J’ai moi-même pris des photos, mais en automatisant les choses au maximum pour profiter de l’événement sans être gêné par des réglages. J’ai appliqué à la lettre les conseils de Jean-Marc Lecleire dans Les Soleils noirs de 2026 et 2027 : utilisation de la fonction bracketing de l’appareil photo, avec les temps de pose recommandés dans le livre. Pendant la totalité je ne me suis occupé de rien pour ne pas en rater une seconde. Je me suis dit que si les photos étaient ratées, ce n’était pas grave. Et finalement, je suis plutôt content du résultat !»

photo de l'éclipse totale de Soleil du 12 août 2026 montrant le diamant en début de totalité.
Étienne a notamment réussi à capturer l’instant magique du diamant, ce dernier rayon de soleil juste avant la totalité, alors que la couronne solaire est déjà visible. Matériel utilisé : lunette 72/420 Evostar sur monture Star Adventurer ; boîtier Nikon D750. Photo : Étienne Jammes.

Une 10ème éclipse totale réussie pour Jean-Marc Lecleire

Jean-Marc était lui aussi en Espagne, près de l’aérodrome de Santo Tome del Puerto (Castille et Leon). L’auteur des Soleils noirs de 2026 et 2027 avait déjà 9 éclipses totales réussies au compteur. Côté matériel, il avait notamment amené une lunette Nakoh de 92 mm de diamètre sur une imposante monture équatoriale assurant un parfait suivi du Soleil pour photographier et filmer l’événement.

photo de Jean-Marc Lecleire et sa lunette Nakoh 92GX équipée d’un filtre avant la phase de totalité.
Jean-Marc Lecleire et sa lunette Nakoh 92GX équipée d’un filtre avant la phase de totalité.

Jean-Marc témoigne : « La totalité a duré 1 minute 30 et nous avons vu l’ombre de la Lune arriver par la droite, c’était absolument grandiose et magnifique. Et ces couleurs chaudes à l’horizon, je ne m’attendais pas du tout à ça ! D’ailleurs si je devais publier une suite au bouquin, je l’appellerais l’éclipse dorée espagnole ».

Succès total donc, pour cette éclipse observée dans un ciel parfaitement dégagé. Jean-Marc se réjouit d’ailleurs que les conseils donnés dans son livre se soient avérés judicieux en ce qui concerne la météo : les lieux où l’éclipse a pu être observée dans les meilleures conditions étaient bien ceux indiqués dans l’ouvrage !

Photo de l'éclipse totale du 12 août 2026 par Jean-Marc Lecleire.
La fameuse protubérance qui a étonné tous les observateurs est très bien visible sur cette image prise au tout début de la totalité. Photo : Jean-Marc Lecleire.
Photo de l'éclipse totale du 12 août 2026 par Jean-Marc Lecleire.
Appliquant sa technique de photo HDR bien éprouvée, Jean-Marc a immortalisé la phase de totalité de l’éclipse du 12 août 2026 sur cette image qui montre à la fois la structure de la couronne et la grande protubérance rose. Photo : Jean-Marc Lecleire.

Cap sur 2027 avec les conseils de Jean-Marc

Si vous ne l’avez pas encore, nous ne saurions trop vous recommander de vous procurer le guide pratique Les Soleils noirs de 2026 et 2027. Vous profiterez de tous les conseils de Jean-Marc Lecleire pour bien comprendre, observer, photographier et vivre la prochaine éclipse totale : celle du 2 août 2027 visible en Espagne et en Afrique du Nord. Ce livre vous aidera notamment à choisir votre destination si vous prévoyez de faire le voyage. Pensez en particulier à consulter le chapitre qui indique les régions qui ont le plus de chance d’avoir un ciel bien dégagé.

Couverture du livre Les Soleils noirs de 2026 et 2027 de Jean-Marc Lecleire aux éditions Stelvision
Les Soleils noirs de 2026 et 2027, édité par Stelvision, disponible en librairie et en ligne sur notre Boutique.

Pour terminer : le film souvenir du Soleil noir de 2026

L’éclipse totale filmée d’un bout à l’autre par Jean-Marc Lecleire. Observez le lent déplacement de la Lune qui dévoile successivement des détails de la chromosphère d’un côté du Soleil puis de l’autre.