Quel plus beau cadeau qu’un vol dans l’espace ? Beaucoup en rêvent et les plus riches l’ont déjà fait. Mais le tourisme à plus de 100 km d’altitude est un loisir complexe et onéreux, difficile à démocratiser.

Elon Musk a envoyé une Tesla couleur cerise dans l’espace, avec un mannequin astronaute à son bord. Une surprenante métaphore du voyage spatial. Crédit : SpaceX.

Le vol dans l’espace

Voler dans l’espace signifie atteindre au moins 100 km d’altitude au-dessus de la surface terrestre. Cette frontière, où le ciel devient plus noir et la courbure de la Terre apparaît clairement, est appelée ligne de Kármán. Elle sépare sur le papier notre atmosphère de l’espace. Or, il existe deux moyens d’atteindre cette limite. D’abord le vol orbital, dans un engin spatial qui se déplace au-delà de 28 000 km/h, vitesse de satellisation qu’il faut théoriquement dépasser pour se placer en orbite autour de la Terre. Des séjours longs en orbite sont ainsi possibles, comme dans la Station spatiale internationale (ISS), à plus de 350 km d’altitude.

Le vol suborbital, lui, consiste à passer quelques minutes au-delà de 100 km et se déroule dans un véhicule qui n’atteint pas la vitesse de satellisation. L’engin redescend donc par gravité après sa phase de propulsion. Entre l’ascension et la redescente, les passagers du véhicule “flottent” : ils sont en impesanteur.

Le physicien Stephen Hawking, le corps à l'horizontale, lors d'un vol zéro g.

Le physicien Stephen Hawking lors d’un vol zéro g en 2007. Crédit : Nasa

On parle aussi d’apesanteur, ou pour être encore plus précis, de micropesanteur. En effet, il subsiste toujours des forces parasites et donc une pesanteur résiduelle à bord d’un véhicule spatial. D’où l’emploi du terme micropesanteur, qui correspond à environ un millionième de la pesanteur terrestre.

Pour 6 000 €, le programme Air Zero G porté par les sociétés Novelab (filiale du Cnes) et Avico propose des vols paraboliques ou “zéro g” depuis Bordeaux-Mérignac. Ils sont en général effectués autour de 6 km d’altitude, dans un but commercial ou pour la réalisation d’expériences scientifiques.

Premier touriste spatial

Le premier touriste spatial est le millionnaire américain Dennis Tito. Il a réalisé son rêve le 28 avril 2001 pour la modique somme de 20 millions de dollars. L’homme d’affaires californien a bénéficié d’une formation intensive à la Cité des étoiles à Moscou par l’agence spatiale russe. Roscosmos voyait là dans l’émergence du tourisme spatial un bon moyen de renflouer ses caisses après la dislocation du bloc communiste. Dennis Tito a ainsi pu prendre part à la mission Soyouz TM-32 pendant une semaine et visiter l’ISS.

Dennis Tito, le premier touriste spatial à son retour en 2001, habillé de sa combinaison spatiale, un grand sourire et pouce levé.

Dennis Tito, le premier touriste spatial à son retour sur Terre en 2001, après 7 jours dans l’espace. Crédit : Alexander Nemenov/AFP

 

Anousheh Ansari, la première femme et première iranienne à voyage dans l'espace, dans son habit de cosmonaute, dans la capsule qui l'a amenée dans l'espace en 2006.

Anousheh Ansari, première femme et première iranienne touriste de l’espace en 2006. Crédit : Nasa

Aujourd’hui, c’est auprès des entreprises privées qu’il faut se tourner pour obtenir son ticket vers l’espace. 

Un vaisseau “jet privé” chez Virgin Galactic 

Pourquoi ne pas se laisser tenter par un voyage avec Virgin Galactic ? La société créée en 2004 par le milliardaire britannique Richard Branson, compte envoyer en orbite cinq passagers par an. Pour passer quelques minutes dans l’espace, il faudra signer un chèque de 450 000 dollars (390 000 euros). Seulement le prix d’une maison ! Le vaisseau SpaceShipTwo VSS Unity, six passagers et deux pilotes à son bord, sera emporté puis largué à 15 km d’altitude par un avion porteur.

Le vaisseau spatial de Virgin Galactic dans un grand hangar, de nuit.

Le vaisseau spatial de Virgin Galactic. Crédit : Land Rover Mena

Ce sont alors les moteurs du vaisseau qui prendront le relais, direction l’espace, où les passagers “flotteront” en micropesanteur plusieurs minutes avant de redescendre. L’entreprise possède pour l’instant deux spatioports où faire atterrir ses vaisseaux : un dans le désert du Nouveau-Mexique à Las Cruces et un sur l’aéroport de Tarente-Grottaglie en Italie.

Richard Branson a été lui-même le premier milliardaire à se rendre dans l’espace à bord du vaisseau d’une entreprise privée – la sienne – au mois de juillet 2021. Il était en compagnie de deux pilotes et trois autres passagers. A la fin de cette même année, Virgin Galactic annonçait déjà avoir vendu une centaine de tickets à 450 000 dollars l’unité. Le premier vol commercial est prévu fin 2022.

Le vaisseau spatial SpaceShipTwo VSS Unity de Virgin Galactic.

Le SpaceShipTwo VSS Unity de Virgin Galactic en vol d’essai. Crédit : Virgin Galactic

La fusée monoétage de Blue Origin

Quelques jours seulement après Richard Branson, c’était au tour de Jeff Bezos d’atteindre la frontière de l’espace en juillet 2021 avec un appareil de sa société Blue Origin. Il était en compagnie de trois autres personnes, dont son frère Mark et Wally Funk, une ancienne aviatrice et ex-membre du groupe Mercury 13 de la Nasa.

L’entreprise créée en 2000 par le fondateur d’Amazon a développé une fusée monoétage réutilisable de 18 m baptisée New Shepard. Au nombre de six maximum, les futurs touristes commerciaux voyageront dans une capsule fixée au sommet de cette fusée, qui décolle à la verticale. Après le lancement, la cabine doit se détacher et continuer sa trajectoire vers le ciel – les passagers en micropesanteur – avant de retomber sur Terre ralentie par trois parachutes et des rétrofusées. La fusée redescendra également, pour venir tranquillement se poser, à la verticale, sur le site de lancement. 

La fusée réutilisable monoétage de Blue Origin : New Shepard. Elle est vue par beau temps, sur fond de ciel bleu, lors de l'EAA 2017 dans le Wisconsin.

La fusée réutilisable monoétage de Blue Origin : New Shepard. Crédit : ThePenultimateOne CC BY-SA 4.0

Blue Origin n’a pas divulgué le prix des sièges pour les futurs vols commerciaux. Toutefois, à l’été 2021, Jeff Bezos assurait déjà avoir vendu pour près de 100 millions de dollars (85 millions d’euros) de billets pour ces prochains voyages touristiques. Fin 2021, huit personnes avaient volé dans l’espace avec Blue Origin. 

La capsule de Blue Origin pourra emporter six passagers dans l'espace : on la voit posée dans un lieu désert.

La capsule de Blue Origin pourra emporter six passagers au maximum à la fois dans l’espace. Crédit : Nasa Flight Opportunities

SpaceX, pionnier du tourisme lunaire

La société SpaceX, dirigée par le milliardaire et multi-entrepreneur Elon Musk, a développé des capsules Crew Dragon qui transportent les astronautes de la Nasa jusqu’à la Station spatiale internationale depuis le printemps 2021. Au mois de septembre de la même année, les quatre premiers passagers novices de SpaceX ont fait leur baptême de l’espace à bord de l’une de ces mêmes capsules Crew Dragon.

Baptisée Inspiration4, la mission a été affrétée par le milliardaire et pilote américain Jared Isaacman, et a duré trois jours entiers. Prix du ticket pour faire le tour de la Terre ? Près de 50 millions de dollars, soit 43 millions d’euros, par personne…

Une capsule Crew Dragon de couleur blanche est dans l'espace (la courbe de la Terre en bas de l'image) et va s'amarrer à l'ISS (à droite de l'image).

Une capsule Crew Dragon de SpaceX s’amarre à la Station spatiale internationale. Crédit : Nasa/SpaceX

Par ailleurs, la société Axiom Space doit lancer, toujours en collaboration avec SpaceX, quatre missions habitées vers la Station spatiale internationale d’ici 2023. AX-1, la première mission de cette série, et est prévue pour janvier 2022. Elle emportera à son bord trois hommes d’affaires aux côtés d’un astronaute expérimenté pendant 10 jours. À terme, Axiom souhaite proposer jusqu’à deux vols privés vers l’ISS par an.

En outre, la société Space Adventures – qui avait organisé les voyages de sept touristes dans l’ISS entre 2001 et 2009 à bord de fusées russes – a repris sa coopération avec Roscosmos. Ce renouvellement a suivi la fin de la collaboration entre l’agence russe et la Nasa pour les vols vers l’ISS, au profit de SpaceX. La société américaine dirigée par Tom Shelley et Roscosmos doivent ainsi envoyer début décembre 2021 et pour 12 jours, le milliardaire japonais Yusaku Maezawa et son assistant Yozo Hirano, à bord de la Station spatiale internationale.

Vue d'artiste du Big Falcon Rocket de SpaceX, en route vers la Lune en 2023.

Vue d’artiste du vaisseau spatial Starship de SpaceX, en route vers la Lune en 2023. Crédit : SpaceX

Yusaku Maezawa, 42 ans, est fondateur de la plus grande galerie marchande japonaise de mode en ligne. Sa fortune est estimée à 3 milliards de dollars. En plus de l’ISS en décembre 2021, c’est lui qui devrait être le premier passager privé à partir en voyage… autour de la Lune ! Ce sera en 2023 dans le cadre de la mission Dearmoon. Une expérience que seuls 24 astronautes ont eut l’opportunité de vivre jusqu’à présent. Ce voyage se fera à bord de la fusée Starship de SpaceX, encore en cours de développement.

Également collectionneur d’art contemporain, Yusaku Maezawa compte inviter six ou huit artistes à le rejoindre afin qu’ils puissent s’inspirer et “créer quelque chose à leur retour sur Terre”. Ce voyage Terre-Lune doit surtout servir à SpaceX à démontrer que l’industriel détient les éléments de base pour constituer un futur programme d’exploration spatiale. Elon Musk n’a en effet jamais caché ses ambitions, notamment martiennes…

Ascenseur spatial ou ballon stratosphérique 

Par ailleurs, des moyens encore plus originaux émergent pour se rendre dans l’espace. L’entreprise japonaise de construction Obayashi a peut-être eu l’idée du siècle. En 2012, elle s’est engagée à construire un ascenseur orbital reliant la Terre… à l’espace ! Un bon moyen de remplacer les dangereuses, onéreuses et surtout polluantes fusées à propulsion.

Imaginez, des navettes suspendues à des câbles en nanocarbone de 96 000 km de long – pour atteindre l’orbite géostationnaire – tirées à plus de 200 km/h par de gigantesques contrepoids. Trente personnes par navette pour un séjour d’une semaine. Incroyable ! Mais le projet est bien dans les cartons avec une date de lancement prévue pour 2050. 

Voici une simulation vidéo de cette expérience hors du commun :

L’entreprise Obayashi Corp a envoyé son dispositif “Stars-Me” dans la Station spatiale internationale à l’été 2021. Il se composait de deux nanosatellites cubiques reliés par un câble de 10 mètres. Une “cabine d’ascenseur” motorisée, de 3 cm de diamètre et 6 cm, s’est déplacée entre ces deux satellites pour simuler le voyage du futur ascenseur géant. Il s’agit de la première démonstration d’un ascenseur spatial au monde, certes, mais techniquement, on n’y est pas encore… 

De son côté, l’entreprise française Zephalto prévoit de mettre en service un ballon stratosphérique pouvant s’élever à 25 km pour des vols touristiques inédits. Zephalto a testé pour la première fois en vol son prototype Odyssée 8000 fin 2020, et avec succès. Des vols plus longs et plus en altitude devraient suivre pour des applications scientifiques et industrielles, avant les premiers vols touristiques en 2024.

Dans l'espace, la Terre en bas de l'image, on voit la cabine du ballon stratosphérique de World View sur la droite.

La cabine du ballon stratosphérique de World View. Crédit : World View

D’autres s’y mettent aussi, comme la société américaine World View qui veut proposer d’admirer la Terre pour 50 000 dollars (43 000 euros) à bord d’une montgolfière stratosphérique, également en 2024. Le vol durerait six à huit heures.

Finalement, les projets se multiplient mais les coûts restent élevés… Alors, en attendant que les vols spatiaux fassent partie de notre quotidien, pourquoi ne pas tout simplement se munir d’un télescope et observer le ciel. Un tourisme spatial “de l’esprit”, que l’on peut pratiquer depuis chez soi, à moindre frais et en toute sécurité !