Quel plus beau cadeau qu’un vol dans l’espace ? Beaucoup en rêvent et les plus riches l’ont déjà fait. Mais le tourisme à plus de 100 km d’altitude est un loisir complexe et onéreux difficile à démocratiser. À quand notre tour ? État des lieux en cette fin 2018.

Elon Musk a envoyé une Tesla couleur cerise dans l’espace le 6 février 2018, avec un mannequin astronaute à son bord. Une surprenante métaphore du voyage spatial. Crédit : SpaceX.

Le vol dans l’espace

Voler dans l’espace signifie atteindre au moins 100 km d’altitude au-dessus de la surface terrestre. Cette frontière, où le ciel devient plus noir et la courbure de la Terre apparaît clairement, est appelée ligne de Kármán. Elle sépare sur le papier notre atmosphère de l’espace. Or, il existe deux moyens d’atteindre cette limite. D’abord le vol orbital, dans un engin spatial qui se déplace au-delà de 28 000 km/h, vitesse de satellisation qu’il faut théoriquement dépasser pour se placer en orbite autour de la Terre. Des séjours longs en orbite sont ainsi possibles, comme dans la station spatiale internationale (ISS), à plus de 350 km d’altitude.

Le vol suborbital, lui, consiste à passer quelques minutes au-delà de 100 km et se déroule dans un véhicule qui n’atteint pas la vitesse de satellisation. L’engin redescend donc par gravité après sa phase de propulsion. Entre l’ascension et la redescente, les passagers du véhicule “flottent” : ils sont en impesanteur.

Le physicien Stephen Hawking, le corps à l'horizontale, lors d'un vol zéro g.

Le physicien Stephen Hawking lors d’un vol zéro g en 2007. Crédit : Nasa

On parle aussi d’apesanteur, ou pour être encore plus précis, de micropesanteur. En effet, il subsiste toujours des forces parasites et donc une pesanteur résiduelle à bord d’un véhicule spatial. D’où l’emploi du terme micropesanteur, qui correspond à environ un millionième de la pesanteur terrestre. Pour 6 000 €, le programme Air Zero G porté par les sociétés Novelab (filiale du Cnes) et Avico propose douze fois 22 secondes en impesanteur. Ces vols paraboliques ou “zéro g”, sont en général effectués autour de 6 km d’altitude, dans un but commercial ou pour la réalisation d’expériences scientifiques.

Premiers touristes spatiaux

Le premier touriste spatial est le millionnaire américain Dennis Tito. Il a réalisé son rêve le 28 avril 2001 pour la modique somme de 20 millions de dollars. L’homme d’affaires californien a bénéficié d’une formation intensive à la Cité des étoiles à Moscou par l’agence spatiale russe. Roscosmos voyait là dans l’émergence du tourisme spatial un bon moyen de renflouer ses caisses après la dislocation du bloc communiste. Dennis Tito a ainsi pu prendre part à la mission Soyouz TM-32 pendant une semaine et visiter l’ISS.

Dennis Tito, le premier touriste spatial à son retour en 2001, habillé de sa combinaison spatiale, un grand sourire et pouce levé.

Dennis Tito, le premier touriste spatial à son retour sur Terre en 2001, après 7 jours dans l’espace. Crédit : Alexander Nemenov/AFP

À ce jour, sept touristes se sont rendus dans l’espace grâce à Roscosmos et la société américaine Space Adventures. Anousheh Ansari fût par exemple la première femme et la première iranienne touriste de l’espace en 2006. En 2009, le fondateur du Cirque du Soleil Guy Laliberté a déboursé le montant record de 35 millions de dollars pour son séjour en impesanteur avec la mission Soyouz TMA-16. Il est toujours fin 2018 le dernier touriste à être parti dans l’espace.

Anousheh Ansari, la première femme et première iranienne à voyage dans l'espace, dans son habit de cosmonaute, dans la capsule qui l'a amenée dans l'espace en 2006.

Anousheh Ansari, première femme et première iranienne touriste de l’espace en 2006. Crédit : Nasa

Aujourd’hui, Roscosmos a mis sur pause son offre de tourisme spatial et les autres agences internationales n’ont pas encore sauté le pas. C’est donc auprès des entreprises privées qu’il faut se tourner pour obtenir son ticket vers l’espace.

Un vaisseau “jet privé” chez Virgin Galactic 

Pourquoi ne pas se laisser tenter par un voyage avec Virgin Galactic ? La société créée en 2004 par le milliardaire britannique Richard Branson, compte envoyer en orbite cinq passagers par an. Pour passer quelques minutes dans l’espace, il faudra signer un chèque de 250 000 €. Seulement ! Le vaisseau SpaceShipTwo VSS Unity, six passagers et deux pilotes à son bord, sera emporté puis largué à 15 km d’altitude par un avion porteur, le WhiteKnightTwo.

Le vaisseau spatial de Virgin Galactic dans un grand hangar, de nuit.

Le vaisseau spatial de Virgin Galactic. Crédit : Land Rover Mena

Ce sont alors les moteurs du vaisseau qui prendront le relais, direction l’espace, où les passagers “flotteront” en micropesanteur plusieurs minutes avant de redescendre. L’entreprise possède pour l’instant deux spatioports où faire atterrir ses vaisseaux : un dans le désert du Nouveau-Mexique et un sur l’aéroport de Tarente-Grottaglie en Italie.

Toutefois, le 31 octobre 2014, un avion spatial SpaceShipTwo de test s’était désintégré tuant l’un des pilotes et retardant considérablement le programme commercial de Virgin Galactic… La nouvelle mouture du SpaceShipTwo, baptisée VSS Unity, a depuis réalisé avec succès deux vols d’essai sans et avec moteur en décembre 2016 et avril 2018. Mais il lui reste toujours une cinquantaine de kilomètres à parcourir avant d’atteindre la frontière de l’espace.

À ce rythme, Virgin Galactic planifie le lancement de son service commercial de tourisme spatial pour 2020. À ce jour, 700 personnes sont sur liste d’attente : Ashton Kutcher, Katy Perry et Justin Bieber feraient partie du lot.

Le vaisseau spatial SpaceShipTwo VSS Unity de Virgin Galactic.

Le SpaceShipTwo VSS Unity de Virgin Galactic en vol d’essai. Crédit : Virgin Galactic

La fusée monoétage de Blue Origin

Du côté de Blue Origin, la société créée en 2000 par le fondateur d’Amazon Jeff Bezos, c’est une fusée monoétage réutilisable qui fait l’objet de toutes les attentions. Lors de son premier vol le 23 novembre 2015, la fusée de 18 m baptisée New Shepard avait atteint avec succès les 100 km d’altitude. Au nombre de six, les touristes voyageront dans une capsule fixée au sommet de cette fusée. Après le lancement, la cabine doit se détacher et continuer sa trajectoire vers le ciel – les passagers en micropesanteur – avant de retomber sur Terre ralentie par trois parachutes et des rétrofusées.

La fusée réutilisable monoétage de Blue Origin : New Shepard. Elle est vue par beau temps, sur fond de ciel bleu, lors de l'EAA 2017 dans le Wisconsin.

La fusée réutilisable monoétage de Blue Origin : New Shepard. Crédit : ThePenultimateOne CC BY-SA 4.0

La fusée redescendra également, pour venir tranquillement se poser, à la verticale, sur le site de lancement. Du décollage à l’atterrissage, le neuvième et dernier essai en vol du New Shepard a duré une dizaine de minutes cet été 2018. Les passagers, des mannequins, sont revenus sains et saufs sur la terre ferme, et les premiers essais habités devraient avoir lieu d’ici le printemps 2019. L’année prochaine, Blue Origin compte ouvrir la vente de billets, entre 200 000 € et 300 000 € l’unité.

La capsule de Blue Origin pourra emporter six passagers dans l'espace : on la voit posée dans un lieu désert.

La capsule de Blue Origin pourra emporter six passagers dans l’espace. Crédit : Nasa Flight Opportunities

SpaceX pionnier du tourisme lunaire

Au mois de septembre, Elon Musk, patron de Tesla et de SpaceX, a présenté à la presse un client bien chanceux. Yusaku Maezawa, 42 ans, est fondateur de la plus grande galerie marchande japonaise de mode en ligne. Sa fortune est estimée à 3 milliards de dollars. Et c’est lui qui sera le premier passager privé à partir en voyage autour de la Lune en 2023. Une expérience que seuls 24 astronautes ont eut l’opportunité de vivre jusqu’à présent.

Également collectionneur d’art contemporain, Yusaku Maezawa compte inviter six ou huit artistes à le rejoindre afin qu’ils puissent s’inspirer et “créer quelque chose à leur retour sur Terre”. Ce voyage Terre-Lune doit surtout servir à SpaceX à démontrer que l’industriel détient les éléments de base pour constituer un futur programme d’exploration spatiale. Elon Musk n’a en effet jamais caché ses ambitions, notamment martiennes…

Vue d'artiste du Big Falcon Rocket de SpaceX, en route vers la Lune en 2023.

Vue d’artiste du Big Falcon Rocket de SpaceX, en route vers la Lune en 2023. Crédit : SpaceX

En attendant, l’entreprise développe des capsules pour transporter les astronautes de la Nasa jusqu’à l’ISS. En effet, le contrat de l’agence spatiale américaine avec sa concurrente Roscosmos s’achève en novembre 2019. En 2014, elle avait donc confié à SpaceX et Boeing la charge de concevoir des solutions alternatives. La capsule Starlight de Boeing devrait pouvoir emporter sept astronautes, et SpaceX travaille sur la version habitée de sa cabine Dragon – déjà utilisée pour ravitailler l’ISS.

Les premiers vols à vide prévus début 2019, avant un vol habité et une certification opérationnelle en fin d’année prochaine pour Boeing, et début 2020 pour SpaceX, ont toutefois plusieurs mois de retard. Pour l’instant dépourvue de ses “taxis spatiaux”, qui devraient à terme aussi transporter des touristes, la Nasa n’a pas souhaité renouveler son contrat avec Roscosmos. Affaire à suivre…

Après le vaisseau, l’ascenseur spatial

Par ailleurs, des moyens encore plus originaux émergent pour se rendre dans l’espace. L’entreprise japonaise de construction Obayashi a peut-être eu l’idée du siècle. En 2012, elle s’est engagée à construire un ascenseur orbital reliant la Terre… à l’espace ! Un bon moyen de remplacer les dangereuses, polluantes et onéreuses fusées à propulsion.

Imaginez, des navettes suspendues à des câbles en nanocarbone de 36 000 km de long – pour atteindre l’orbite géostationnaire – tirées à plus de 200 km/h par de gigantesques contrepoids. Trente personnes par navette pour un séjour d’une semaine. Incroyable ! Mais le projet est bien dans les cartons avec une date de lancement prévue pour 2050. Le coût du ticket n’est cependant pas encore connu.

Voici une simulation vidéo de cette expérience hors du commun :

Finalement, les projets se multiplient mais les délais restent incertains… et les coûts élevés. Alors, en attendant que les vols spatiaux fassent partie de notre quotidien, pourquoi ne pas tout simplement se munir d’un télescope et observer le ciel. Un tourisme spatial “de l’esprit”, que l’on peut pratiquer depuis chez soi, à moindre coût et en toute sécurité !


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