Plus lointaine planète du Système solaire, Neptune est un monde coloré quelque peu méconnu. Et si vous tentiez de l’observer ?

Image de la planète Neptune, photographiée le 16 août 1989 par la sonde Voyager 2.
La planète Neptune photographiée le 16 août 1989 par la sonde Voyager 2.
Crédit : NASA/JPL

Neptune est la plus petite planète gazeuse du Système solaire. C’est aussi la plus éloignée, avec une distance moyenne de 4,5 milliards de kilomètres du Soleil. Des caractéristiques qui ne facilitent pas son observation ! Contrairement aux autres planètes, Neptune n’est pas visible à l’œil nu. Cependant, elle est accessible avec une lunette ou un télescope : un petit défi que nous vous proposons de relever !

Quand voir et comment repérer Neptune ?

Située sur une orbite lointaine, la planète Neptune met du temps pour accomplir un tour autour du Soleil : presque 165 ans ! En conséquence, son mouvement apparent est très lent dans le ciel. Depuis 2010, elle traverse la constellation du Verseau dont elle sortira en mai 2022. C’est donc d’août à janvier qu’il faut partir à sa recherche puisque c’est durant cette période que le Verseau est visible.

Carte de repérage de la planète Neptune avec sa position au 1er octobre entre 2019 et 2023.

En 2020-2021, la hauteur de Neptune approche des 40 degrés au dessus de l’horizon aux latitudes tempérées de l’hémisphère nord lorsqu’elle passe au plus haut dans le ciel, plein sud : des conditions tout à fait intéressantes pour l’observer.

Position de Neptune près de l’étoile phi Verseau entre le 1er septembre 2020 et le 1er février 2021.

Une fois le secteur de la discrète constellation du Verseau identifié, par exemple à partir du bien connu Carré de Pégase, repérez à l’œil nu l’étoile lambda, ainsi que le trio psi 1, psi 2 et psi 3 Verseau. Ces quatre étoiles sont de bons jalons pour localiser ensuite phi Verseau, visible également sans instrument.

La magnitude de Neptune est légèrement inférieure à 8, ce qui la rend accessible dans n’importe quel instrument, même des jumelles. En pratique, c’est surtout avec une petite lunette ou un télescope que son identification est la plus simple car à faible grossissement comme par exemple aux jumelles, Neptune a l’aspect ponctuel d’une étoile. Il faut avoir la capacité de grossir au moins une centaine de fois pour commencer à distinguer vraiment son petit disque.

Neptune de mois en mois en 2020-2021

Déjà visible en deuxième partie de nuit durant l’été, c’est à partir de septembre que les conditions d’observation de Neptune deviennent vraiment intéressantes. En effet, la planète est au plus près de la Terre le 11 septembre, à 4,33 milliards de kilomètres. A ce moment, elle culmine dans le ciel en direction du sud vers 2h du matin (heure de Paris), mais est observable dès la nuit tombée entre l’est et le sud.

Image détaillée de Neptune obtenue avec le télescope VLT de l'ESO.
Cette image de Neptune a été obtenue depuis la Terre en juillet 2018 grâce à l’optique adaptative de l’instrument MUSE/GALACSI sur le télescope VLT de l’ESO, au Chili. Crédit : ESO/P. Weilbacher (AIP)

Durant les mois d’octobre et novembre, les conditions d’observation sont chaque jour un peu plus favorables puisqu’à la tombée de la nuit, la planète Neptune est de plus en plus haute dans le ciel : elle culmine au sud vers 0h30 (heure de Paris) le 1er octobre et vers 21h30 le 1er novembre.

En décembre, la période favorable d’observation de Neptune touche à sa fin. Il faut désormais l’observer en début de nuit entre le sud et l’ouest, alors qu’elle a déjà passé son point culminant dans le ciel. Néanmoins les longues nuits d’hiver avec l’arrivée précoce de la nuit autorisent encore de belles observations.

Enfin en janvier 2021, il faut désormais observer Neptune en tout début de soirée, sur l’horizon ouest.

Que peut-on voir ?

Bien que Neptune ait un diamètre presque quatre fois supérieur à celui de la Terre, son éloignement la rend minuscule lorsqu’on l’observe : elle mesure seulement 2,2 à 2,4 secondes d’arc. Pour être de bonne qualité, son observation doit donc se faire alors que la turbulence atmosphérique est la plus faible possible. Mais même dans ces conditions, il ne faut pas espérer y discerner des détails, surtout avec des instruments de diamètre inférieur à 200 mm.

La couleur de surface

Cependant, une caractéristique est très accessible et de plus, spectaculaire : sa couleur. La planète Neptune est bleue. Bleue comme un beau ciel diurne. Cette teinte est due à la présence de méthane dans son atmosphère. A faible et moyen grossissement, cette couleur est déjà reconnaissable. Elle devient parfaitement discernable dès que le grossissement est de 100 fois et davantage, alors que le disque planétaire devient perceptible. Rien que pour cela, observer Neptune au moins une fois en vaut la peine car ne l’oublions pas, cette planète est aussi la plus lointaine du Système solaire !

Neptune photographiée par l’astronome amateur confirmé Christophe Pellier, le 9 septembre 2016. La couleur bleue est assez fidèle à ce qu’on observe visuellement. Notez en en à gauche de l’image, le satellite Triton.

Depuis quelques années, certains observateurs munis de télescopes de grand diamètre commencent à mettre en évidence des détails à la surface de ce monde lointain, grâce à des caméras toujours plus efficaces. Mais cette performance n’est accessible qu’aux spécialistes : le mieux est donc de se contenter d’admirer leurs images.

En 2017, l’astronome amateur confirmé Marc Delcroix a mis en évidence une tempête (tache blanche) sur Neptune avec son télescope de 320 mm de diamètre. L’image est en noir et blanc car prise avec un filtre infrarouge. Une très belle performance ! Notez aussi la présence de Triton sur sa droite, petit point assez faiblement visible.

Triton, le principal satellite

Pour les possesseurs d’instruments de plus de 250 mm, il est également possible de repérer le principal satellite de Neptune, Triton. Sa faible magnitude de 13,5 le rend délicat à observer, d’autant plus qu’il tourne autour de la planète et ne se trouve donc pas toujours au même endroit.

Pour cela, on prépare son observation à l’aide d’un logiciel comme par exemple Stellarium (gratuit) : recherchez-y la planète, paramétrez la date et l’heure probable d’observation (car le déplacement de Triton est perceptible d’heure en heure) et zoomez fortement pour faire apparaître le satellite, tout en gardant une ou deux étoiles environnantes pour vous orienter. Il ne reste alors plus qu’à comparer cette simulation avec ce que vous voyez à l’oculaire, en tenant compte des éventuelles inversions de votre optique pour identifier Triton parmi les étoiles.

Il ne nous reste plus qu’à vous souhaiter un bon voyage aux confins du Système solaire !

Pour d’autres informations sur cette planète, lisez Neptune, une planète mystérieuse.