Détecter la vie sur un autre astre que la Terre est un rêve que beaucoup partagent. La recherche d’exoplanètes bat donc son plein. Sur les plus de 3800 déjà détectées, on cherche celle qui ressemblera le plus à la Planète bleue. Apprenez-en plus sur les méthodes de détection des planètes extrasolaires et sur ce que l’on sait déjà des premières découvertes.

Par Fleur Olagnier, le 9 novembre 2018

Kepler-10 b, la première exoplanète découverte par la traqueur Kepler, pourrait être recouverte d'un océan de lave en dégradé du jaune vers l'orange et le noir.

Kepler-10 b, la première exoplanète découverte par le télescope Kepler traqueur de planètes, pourrait être recouverte d’un océan de lave. Vue d’artiste : Nasa/Kepler Mission/Dana Berry.

Qu’est-ce qu’une exoplanète ?

Une exoplanète, aussi appelée planète extrasolaire, est une planète qui se trouve hors du Système solaire et gravite autour d’une étoile autre que le Soleil. Au 8 novembre 2018, 3875 objets de ce type ont été recensés dans plus de 2 800 systèmes planétaires. Des milliers d’autres sont en attente de confirmation et au regard des découvertes déjà effectuées, notre galaxie contiendrait à elle seule au moins 100 milliards de ces planètes.

C’est au XVIe siècle que les astronomes évoquent pour la première fois l’existence des planètes extrasolaires et les travaux scientifiques sur le sujet ont démarré au XIXe siècle. Les premières exoplanètes ont été découvertes par l’astronome polonais Aleksander Wolszczan en 1990, à l’aide du radiotélescope d’Arecibo situé sur l’île de Porto Rico (Grandes Antilles). Il a pour cela utilisé une méthode appelée chronométrage des pulsars (voir plus loin). Au nombre de quatre, les planètes extrasolaires gravitent autour du pulsar Liche, dans la constellation de la Vierge.

Vue d'artiste en couleurs bleues des quatre premières exoplanètes à avoir été découvertes, en orbite autour du pulsar Liche.

Vue d’artiste des quatre premières exoplanètes à avoir été découvertes, en orbite autour du pulsar Liche. Crédit : Nasa/JPL-Caltech/R. Hurt/SSC

Puis en 1995, Michel Mayor et Didier Queloz annoncent la découverte d’une exoplanète en orbite autour d’une étoile de type solaire. Une première ! Nommée 51 Pegasi b, elle orbite autour de l’étoile 51 Pegasi à environ 40 années-lumière de la Terre. Cette trouvaille résulte d’observations réalisées à l’observatoire de Haute-Provence grâce à la méthode appelée “méthode des vitesses radiales” (voir plus loin).

Vue d'artiste de l'exoplanète 51 Pergasi b en couleur jaune orangé, à côté de son étoile 51 Pegasi.

Vue d’artiste de 51 Pegasi b, la première exoplanète découverte autour d’une étoile de type solaire, dans la constellation de Pégase. Crédit : Nasa/JPL-Caltech

Comment détecter une planète extrasolaire ?

Les exoplanètes sont difficiles à détecter car très lointaines et peu lumineuses comparées aux étoiles autour desquelles elles gravitent, souvent à de faibles distances. Les premières découvertes ont donc été réalisées de manière indirecte, en observant les perturbations exercées par les planètes extrasolaires sur leur étoile. Ce n’est qu’en 2005 que des astronomes ont enfin discerné la lumière émise directement par une exoplanète.

Système stellaire Kepler-11, des planètes sombres représentées devant leur étoile brillante en couleur jaune blanc en arrière-plan.

Kepler-11 nous montre que les systèmes stellaires à multiples planètes rocheuses sont très probablement courants dans l’Univers. Vue d’artiste : Nasa/JPL-Caltech

Méthode des vitesses radiales

Plus des deux tiers des planètes extrasolaires recensées à ce jour ont été découvertes grâce à la méthode des vitesses radiales, aussi appelée spectroscopie Doppler. La vitesse radiale est la vitesse d’un objet mesurée dans la direction de la ligne de visée, vers ou depuis le point d’observation (la Terre).

Lorsqu’une exoplanète orbite autour d’une étoile, elle perturbe le mouvement de cette étoile. La spectroscopie Doppler consiste à détecter ce mouvement en observant la lumière qui nous provient de l’étoile. La lumière est décalée vers le bleu, autrement dit vers les faibles longueurs d’onde (voir les Rappels sur la lumière et les ondes électromagnétiques à la fin du dossier Les grands observatoires terrestres), lorsque l’étoile se rapproche de nous. Vers le rouge quand elle s’éloigne. C’est l’étude de ce phénomène appelé “effet Doppler” qui a permis la découverte de l’exoplanète 51 Pegasi b en 1995.

L’astrométrie est une autre méthode de détection indirecte qui se base sur la mesure de la vitesse tangentielle de l’étoile, et non pas le long de l’axe de visée comme dans la méthode des vitesses radiales. Dans ce cas, c’est le mouvement apparent de l’étoile sur la sphère céleste, causé par l’influence gravitationnelle d’une planète en orbite, qui est mesuré.

Méthode des transits planétaires

Lorsqu’une exoplanète passe devant son étoile (entre son étoile et l’observateur sur Terre) elle empêche une partie de la lumière émise par l’étoile d’arriver jusqu’à nous. Comme la planète extrasolaire est en orbite, elle répète ces passages, appelés transits, plusieurs fois et de manière régulière. La méthode des transits consiste à étudier la luminosité d’une étoile, et à repérer ces baisses d’intensité périodiques, signes de la présence d’une exoplanète.

Schéma de la méthode des transits : on voit un cercle rond et noir représentant une exoplanète, passer devant son étoile jaune et brillante, ainsi que la courbe de luminosité associée.

La méthode des transits. Crédit : Nasa/JPL

De plus, la variation de la luminosité d’une étoile est plus facilement repérable que celle de sa vitesse radiale. Cette méthode requiert donc des télescopes de moins grande dimension. Toutefois, on estime que seulement environ 5 % des étoiles avec une exoplanète peuvent être repérées par la méthode des transits, car elle ne fonctionne que si le système stellaire est observé “par la tranche”.

À noter qu’il existe une méthode des transits secondaires qui s’appuie sur le passage de l’exoplanète derrière son étoile, et non pas devant.

La première détection d’une planète extrasolaire par transit a été réalisée avec le télescope spatial Hubble en 2003 autour de l’étoile HD 209458. Il s’agissait de HD 209458b, ou Osiris, la première exoplanète géante gazeuse découverte de l’histoire, en 1999.

Vue d'artiste de l'exoplanète Osiris qui a son atmosphère (bleu) soufflée par son étoile (en jaune).

Vue d’artiste de l’exoplanète Osiris :  très proche de son étoile, son atmosphère d’oxygène et de carbone est littéralement soufflée par la pression de radiation. Crédit : Nasa/Esa/A. Vidal-Madjar/Institut d’astrophysique de Paris

Parmi les autres méthodes de détection indirectes, on citera aussi le chronométrage des pulsars ou l’utilisation de microlentilles gravitationnelles :

Les pulsars sont des étoiles à neutrons qui tournent très rapidement sur elles-mêmes en projetant des flashs de manière périodique, très précisément à la fréquence de rotation de l’étoile. La moindre perturbation gravitationnelle engendrée par un compagnon planétaire, même de très faible masse, peut modifier cette fréquence, d’ordinaire d’une précision de l’ordre de la milliseconde. Ceci est un indicateur de la présence d’une exoplanète.

Kepler 16b a été la première exoplanète (point noir au premier plan) détectée en orbite autour d'une étoile binaire, c'est-à-dire de deux étoiles en arrière-plan (rose et orange).

Kepler-16 b a été la première exoplanète détectée en orbite autour d’une étoile binaire, c’est-à-dire de deux étoiles. Vue d’artiste : Nasa/JPL-Caltech.

La méthode des microlentilles gravitationnelles utilise elle les prédictions de la théorie de la relativité générale, que nous ne décrirons pas plus en détails ici.

Détection directe

Pour être détectée en imagerie directe, une planète doit être suffisamment lumineuse et éloignée de son étoile. C’est en 2004 que l’équipe de l’astronome Français Gaël Chauvin observe pour la première fois la lumière directement émise par une planète extrasolaire. Perçue par l’instrument Naco du Very Large Telescope au Chili, l’astre est une jeune géante gazeuse qui orbite autour de la naine brune 2MASSWJ.

Première exoplanète imagée directement, un point rouge à 55 unités astronomiques de son étoile, gros point blanc et brillant.

Première photographie optique d’une exoplanète (tache orange) à 55 unités astronomiques de son étoile 2MASSWJ (tache blanche). Crédit : G. Chauvin/A-M Lagrange/C. Dumas/A&A 425 L29

Des exoplanètes spectaculaires

Avec tant de méthodes de détection, on peut se demander pourquoi un tel engouement autour de la recherche des planètes extrasolaires. La réponse est simple, et peu originale : dans l’espoir de trouver un astre similaire à la Terre, ou même différent, qui abrite la vie.

Kepler-22 b est une planète extrasolaire (en couleur vert bleuté) dans sa zone d'habitabilité, très prompte à posséder de l'eau liquide à sa surface.

Kepler-22 b est une planète extrasolaire dans sa zone d’habitabilité, très prompte à posséder de l’eau liquide à sa surface. Crédit : Nasa Ames/JPL-Caltech

Des chercheurs de l’université d’Harvard ont présenté en août 2018 leurs travaux sur un nouveau modèle de classification des planètes. D’après eux, environ 35 % des planètes extrasolaires connues à ce jour, celles d’une taille comprise entre deux et quatre Terre, pourraient être des mondes… aquatiques !

Vue d'artiste de quatre exoplanètes aux couleurs différentes qui semblent être riches en eau.

Environ 35 % des exoplanètes connues à ce jour pourraient être des mondes aquatiques. Crédit : Nasa Ames/JPL-Caltech.

Leur température de surface se situerait entre 200 et 500 degrés Celsius et leur atmosphère serait dominée par de la vapeur d’eau, surplombant une couche d’eau liquide – élément indispensable à l’apparition de la vie telle que nous la connaissons.

Grâce à aux données provenant du télescope Kepler traqueur de planètes, et du satellite Gaia, les astrophysiciens américains ont avancé que plusieurs exoplanètes pourraient être constituées jusqu’à 50% d’eau, quand la Terre n’en comporte que 0,02 %. L’arrivée du James Space Webb Telescope (JSWT) en 2021 devrait permettre d’étudier directement les atmosphères de ces planètes extrasolaires et de valider ces hypothèses.

L'exoplanète Kepler-186 f en couleurs jaune doré située dans la zone d'habitabilité de son étoile.

Kepler-186 f est la première exoplanète rocheuse a avoir été détectée dans la zone d’habitabilité de son étoile. Vue d’artiste : Nasa Ames/SETI Institute/JPL-Caltech.

De taille comparable à celle de la Terre, Kepler-186 f est la première planète rocheuse découverte en zone d’habitabilité en 2014. Elle se trouve en effet à une distance telle de son étoile que la quantité d’énergie qu’elle reçoit permet à l’eau d’exister sous forme liquide.

Si la planète était plus proche de son étoile (plus proche que Vénus dans cas du Système solaire), l’eau se vaporiserait, et si elle était trop éloignée (plus loin que Mars dans le cas du Système solaire), l’eau gèlerait.

Comparaison entre le Sytème solaire et le système de l'exoplanète Kepler 186f située dans la zone d'habitabilité de son étoile.

Comparaison entre le Système solaire et le système Kepler-186. Crédit : Nasa Ames/SETI Institute/JPL-Caltech

Pour que la vie puisse apparaître, il faut bien sûr remplir d’autres critères : une taille suffisante pour retenir une atmosphère, un champ magnétique pour la protection contre le vent stellaire… Des cases difficiles à cocher. Toutefois, une exoplanète est découverte en moyenne tous les deux jours ! Depuis le 1er janvier 2018, 150 exoplanètes ont été confirmées dont 149 découvertes, et 20 d’entre elles ont une masse inférieure à 8 masses terrestres, donc grossièrement semblables à notre planète. Avec de telles statistiques, il est permis de garder espoir !

En 2017, un système stellaire avait fait beaucoup parler de lui : TRAPPIST-1. Pourquoi ? Il a fasciné par ses 7 planètes, toutes rocheuses, de tailles comparables à celle de la Terre et surtout, localisées dans la zone habitable de leur étoile. Encore une première.

Proches les unes des autres, se trouver sur l’une d’elle doit offrir une vue spectaculaire sur les autres… De quoi rêver un peu, sur Terre, en attendant de trouver des indices probants de vie extraterrestre.

Affiche vision de l'exploration planétaire qui représente un couple de dos, en combinaison spatial, admirant un paysage semblable à des collines sur Terre.

Crédit : JPL/Nasa


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