Voici quelques-unes des plus belles adresses d’observatoires astronomiques à visiter dans l’Hexagone.

La Grande Lunette de Nice sous sa coupole, elle est en hauteur sur un promontoire en pierre et en-dessous on voit six personnes qui permettent de se rendre compte de la taille de la lunette. L'intérieur de la coupole est couleur orangé.
La grande lunette de l’Observatoire de Nice sous la coupole de Gustave Eiffel. Crédit : Jean-Baptiste Feldmann/Blog Cielmania

Ça y est, c’est l’été. Il fait beau et les mesures sanitaires ont été allégées, alors partons en voyage à la découverte des observatoires français historiques qui ouvrent leurs portes au grand public.

Observatoire de Paris-Meudon-Nançay

C’est en 1666 que commence l’histoire de l’Observatoire de Paris, quand Louis XIV et son ministre Jean-Baptiste Colbert fondent l’Académie royale des sciences. Lors de sa première séance, le 22 décembre de la même année, l’entité décide de la création de l’Observatoire royal, qui deviendra Observatoire de Paris. Objectif : établir des cartes pour la navigation. L’organisation est ainsi devenue le berceau français de la cartographie, de la météorologie et de la géodésie – ancêtre de la géographie moderne.

Implanté sur trois sites à Paris, Meudon (Hauts-de-Seine) depuis 1876 et Nançay (Cher) depuis 1953, l’Observatoire de Paris est le plus ancien au monde toujours en fonctionnement. Pendant ses 125 premières années, il est dirigé par la famille Cassini, et accueille de nombreuses célébrités comme Christian Huygens (découvreur de Titan), Charles Messier (créateur du catalogue du ciel profond éponyme) ou Urbain Le Verrier (découvreur de Neptune).

Vue en survol du bâtiment de l'Observatoire de Paris, en pierres blanches avec de grandes fenêtres. Il est entouré de verdure, et en fond on voit les toits de Paris.
L’Observatoire de Paris. Crédit : Observatoire de Paris

Aujourd’hui, l’Observatoire de Paris est le plus grand pôle national de recherche en astronomie avec 600 astronomes, enseignants-chercheurs et titulaires du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Les instruments solaires de Meudon sont toujours en fonctionnement, notamment une tour solaire de 36,5 m de haut et son télescope spécialisé.

Hélas, depuis plusieurs mois, des travaux ont lieu sur les sites de Paris et Meudon, entraînant une interruption provisoire des visites. Mais pas trop de regrets, car l’un des éléments phares du site parisien, la lunette équatoriale Arago de 38 cm de diamètre et de 9 m de focale, n’est dévoilée qu’exceptionnellement au grand public comme lors des Nuits des planètes organisées par l’observatoire. De même pour la grande lunette de Meudon : en cours de restauration, elle est la troisième lunette astronomique du monde et la première d’Europe par ses dimensions, avec 83 cm de diamètre et une focale de 16,34 m.

La grande lunette de Meudon sous sa coupole, elle est en hauteur sur un promontoire en métal vert clair. L'intérieur de la coupole est couleur bois clair.
La grande lunette de l’Observatoire de Meudon. Crédit : Serge Golovanow/CC BY-SA 3.0

La bibliothèque du site de Paris reste quant à elle accessible aux lecteurs. De plus, il est possible de profiter d’une visite virtuelle des trois sites réalisée pour les 350 ans de l’Observatoire de Paris.

En outre, le site de Nançay, spécialisé dans la radioastronomie, est lui bel et bien ouvert au public. Le lieu est notamment pourvu du cinquième plus grand radiotélescope du monde et second d’Europe. Avec 8 000 m² de surface collectrice, il a été construit en 1965 pour détecter l’hydrogène dans l’espace, dans le cadre de l’étude des galaxies, des enveloppes d’étoiles, des comètes et le chronométrage des pulsars

Photo des deux grands miroirs du grand radiotélescope de Nançay face à face. Au milieu de la forêt, dans un champ, deux grands "murs" blancs de 35 et 40 mètres de haut se font face.
Les deux miroirs du grand radiotélescope de Nançay : l’orientable de 200 m x 40 m (à droite) renvoie les ondes célestes sur le fixe de 300 m x 35 m. Crédit : Observatoire de Paris

On y trouve aussi 1 632 antennes de l’interféromètre de nouvelle génération LOFAR, et 1 824 antennes du réseau NenuFAR qui étudient l’évolution de l’Univers quelques millions d’années après le Big Bang. Enfin, un interféromètre de 47 antennes spécialement dédié à l’étude du Soleil fonctionne quotidiennement depuis près de 65 ans.

Le Pôle des étoiles de la ville de Nançay organise toute l’année des expositions, des séances de planétarium et des visites guidées de la station de radioastronomie. A partir du 1er juillet 2021, ces activités ont lieu tous les jours sur réservation.

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Observatoire Camille Flammarion

Cet observatoire astronomique est fondé en 1883 par l’astronome et vulgarisateur scientifique français Camille Flammarion, à Juvisy-sur-Orge (Essonne). Au fil des années, l’ancien relais de poste est agrémenté d’un cadran solaire géant, d’un laboratoire météorologique dans le jardin et d’une riche bibliothèque. Camille Flammarion fait inscrire à l’entrée la devise Ad veritatem per scientam (“Vers la vérité à l’aide de la science”).

Vue depuis le parc (sol avec de l'herbe verte) de l'Observatoire Camille Flammarion. On voit le bâtiment sur deux étages, grande demeure avec en haut sur le toit une coupole blanche de 5 mètres.
L’Observatoire Camille Flammarion. Crédit : Société Astronomique de France

Légué à la Société Astronomique de France (SAF) en 1962, l’observatoire est classé monument historique, tout comme la collection d’instruments scientifiques de Camille Flammarion. La coupole de 5 mètres abrite toujours la lunette sur monture équatoriale de l’astronome de 24 cm de diamètre et de 3,6 m de focale. 

Photo en noir et blanc de Camille Flammarion, assis en blouse blanche en train d'observer dans sa lunette astronomique, pointée au-dessus de lui vers le ciel, au sein de la coupole de son observatoire.
Flammarion dans son observatoire vers 1893. Crédit : Bonhams/Domaine Public

À l’exception de la partie haute, de la coupole et de la lunette astronomique qui ont été restaurées récemment et sont en activité, le bâtiment principal de l’observatoire est malheureusement dégradé. L’édifice nécessite une restauration importante afin de pouvoir à nouveau héberger la collection scientifique de Flammarion. Pour s’imprégner de l’atmosphère du lieu et pour soutenir ce projet de remise en état, des visites payantes sont organisées deux fois par mois, le soir. Ce mois de juin 2021, en raison du contexte lié à l’épidémie de Covid-19, les visites n’avaient toutefois pas encore repris.

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Observatoire de Lyon

L’Observatoire de Lyon est situé à Saint-Genis-Laval (Rhône) près de Lyon. Le 13 février 1873, un décret de l’État initie la création d’un réseau d’observatoires provinciaux dans le cadre du redressement scientifique de la France, suite à la défaite lors de la guerre franco-allemande de 1870. Deux jours plus tard, le conseil municipal de Lyon délibère sur la création d’une telle entité. L’Observatoire de Lyon est officiellement créé huit ans plus tard, en même temps que ceux de Besançon et de Bordeaux (voir plus loin). Les premières observations ont lieu en 1880.

Sous un ciel bleu, trois coupoles de l'Observatoire de Lyon ensoleillées (toits bleu clair et murs blancs), séparées par un chemin goudronné et des surfaces d'herbe verte.
Les coupoles de l’Observatoire de Lyon. Crédit : Observatoire de Lyon

L’Observatoire de Lyon est notamment chargé de déterminer l’heure de la ville grâce à des observations méridiennes jusqu’en 1911, date à laquelle l’heure de Paris devient heure de France métropolitaine. Les astronomes s’y succèdent pour travailler sur les étoiles variables, les comètes et la haute atmosphère. Plus aucune observation directe du ciel n’y est toutefois réalisée à des fins scientifiques depuis les années 1980. Les activités sont aujourd’hui focalisées sur la recherche fondamentale et l’instrumentation, avec par exemple la conception du spectrographe 3D grand champ MUSE du célèbre Very Large Telescope.

L’Observatoire de Lyon possède la dernière lunette équatoriale coudée au monde encore dans son état d’origine. L’instrument est classé monument historique depuis 2007, tout comme le site de Saint-Genis-Laval et ses autres équipements.

Bâtiment historique de l'Observatoire de Lyon, en briques rose clair et blanches, toit noir, d'où dépasse la lunette coudée de couleur gris anthracite. En fond le ciel est bleu.
La lunette coudée de l’Observatoire de Lyon. Crédit : Denys/CC BY 3.0

L’Observatoire de Lyon organise des soirées une fois par mois, et des visites en journée les mercredis et pendant les vacances scolaires.

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Observatoire de Bordeaux

L’Observatoire de Bordeaux a été créé par décret en 1878, dans le même élan que ceux de Lyon et de Besançon. Localisé sur le site de Floirac (Gironde) et classé aux monuments historiques depuis 2010, il abrite quatre lunettes, un télescope de 60 cm, deux radiotélescopes et une bibliothèque qui contient des ouvrages de Copernic, Galilée ou encore Newton.

Coupole de l'Observatoire de Bordeaux, toit blanc et murs en pierres claires, en fin de journée donc avec une lumière dans les tons rose et violet.
Coupole qui abrite le télescope de l’Observatoire de Bordeaux. Crédit : Med/CC BY-SA 3.0

La plus grande partie des activités du laboratoire est dédiée aux mesures astronomiques et à l’étude des ondes radioélectriques. Mais en 2016, les chercheurs ont quitté les lieux et l’observatoire a fermé ses portes. Heureusement, grâce à l’association Sirius spécialement constituée en 2017 et avec le soutien de Bordeaux Métropole, de l’Université de Bordeaux et de la ville de Floirac, un projet de réhabilitation a vu le jour et a permis la réouverture du site. L’Observatoire de Bordeaux peut désormais se visiter tous les samedis matin.

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Observatoire de Strasbourg

Sur le campus historique de l’Université de Strasbourg (Bas-Rhin), l’Observatoire de la capitale alsacienne se compose de trois bâtiments reliés entre eux de façon originale par un couloir ouvert en forme de “Y”. La grande coupole abrite un grand réfracteur. Cette lunette de 48,7 cm de diamètre et de 7 m de focale était la plus grande d’Europe au moment de son installation en 1877, et est aujourd’hui la troisième de France après Meudon et Nice (voir plus loin). Depuis 1981, le site est doté d’un planétarium.

Lunette astronomique de l'Observatoire de Strasbourg sous sa coupole. L'intérieur de la coupole est beige, elle est entre-ouverte et la lunette de couleur gris métallique et dans l'axe de l'ouverture.
Grand réfracteur de l’Observatoire de Strasbourg. Crédit : JMRW67/CC BY-SA 3.0

La vocation initiale du lieu est l’astronomie de position et l’observation des comètes, des météorites et des étoiles variables, ainsi que la photométrie des nébuleuses et l’observation des étoiles doubles. A partir des années 1970, l’astronome et pionnier de l’astrométrie spatiale Pierre Lacroute y développe l’archivage informatique, contribuant ainsi à la création de l’actuel Centre de données astronomiques de Strasbourg, une précieuse base de données utilisée au quotidien par les astrophysiciens.

Vue aérienne de la grande coupole de l'Observatoire de Strasbourg. En fond on voit plusieurs immeubles aux briques rouge foncé, et devant le bâtiment en pierres blanches avec les toits dont celui de la coupole de couleur gris clair.
L’Observatoire de Strasbourg. Crédit : JMRW67/CC BY-SA 3.0

Il est possible de visiter l’Observatoire de Strasbourg grâce à un parcours guidé, le mercredi et le vendredi à 14h et à 15h30, sur réservation.

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Observatoire du Pic du Midi de Bigorre

Le Pic du Midi de Bigorre (Hautes-Pyrénées) est un lieu d’observations astronomiques depuis le début du XVIIIe siècle. La construction de cet observatoire débute dans les années 1870 et le premier télescope y est installé en 1907. C’est cet instrument qui permettra deux ans plus tard de démentir l’existence des fameux canaux de Mars.

Photo en noir et blanc qui montre le site du Pic du Midi au début du XXe siècle. On voit à droite et à gauche une paroi rocheuse, au centre un chemin enneigé avec deux hommes debout regardant la roche, et derrière les premiers bâtiments de l'Observatoire.
L’Observatoire du Pic du Midi au début du XXe siècle. Crédit : Eugène Trutat

Le sommet du Pic du Midi s’élève à 2876 mètres, et c’est donc seulement en 1949 que l’observatoire est raccordé à l’électricité, et en 1952 que le premier téléphérique est construit pour y accéder. Aujourd’hui, le site abrite sous ses coupoles trois télescopes, un coronographe et une lunette. L’instrument principal du site est le télescope optique Bernard Lyot (ou TBL) de 2 mètres de diamètre, aujourd’hui le plus grand de France métropolitaine. Il est aussi le seul instrument du monde principalement utilisé pour l’étude du magnétisme des étoiles, puisque ses observations mettent en œuvre un spectropolarimètre, le NARVAL, depuis 2006. À noter qu’il n’est pas accessible au grand public.

L’un des autres télescopes, de 106 cm, a été financé par la Nasa en 1963 pour prendre des photos détaillées de la surface lunaire dans le cadre du programme Apollo. La lunette de 50 cm est dédiée à l’étude du Soleil et l’instrument coronographe spécialement consacré à l’analyse de la couronne solaire.

Vue panoramique depuis le Pic du Midi. De gauche à droite on voit le toit d'un des bâtiments, les coupoles blanches, au centre les montagnes avec un peu de neige et un lac bleu vert en contre-bas, le ciel est bleu, et à droite de l'image une autre partie des bâtiments.
Vue panoramique de l’Observatoire du Pic du Midi. Crédit : Pic du Midi

Depuis fin 2011, il est possible, en plus de visiter les installations astronomiques, de passer la nuit au sommet. Et depuis 2018, un planétarium et une passerelle suspendue ont été installés…

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Observatoire de Haute-Provence

Perché à Saint-Michel-l’Observatoire (Alpes-de-Haute-Provence) à 650 mètres d’altitude, l’Observatoire de Haute-Provence offre un nombre de nuits claires exceptionnel au cours de l’année, notamment grâce au mistral. Décidée en 1936, la construction de l’infrastructure prend du retard en raison de la Seconde guerre mondiale, et le premier télescope de 80 cm de diamètre y est installé en 1945. Un grand télescope de 1,93 m est mis en place en 1958, suivi par un second de 1,52 m en 1967.

En début de journée, vue sur l'Observatoire de Haute-Provence avec en fond de la moyenne montagne et une végétation de mi-saison, un ciel bleu et au premier plan deux bâtiments de style provençal ainsi qu'à gauche une coupole argentée. Le Soleil éclaire la scène par la droite.
L’Observatoire de Haute-Provence. Crédit : Office du Tourisme Intercommunal Haute-Provence Pays de Banon

C’est grâce au spectrographe ELODIE de l’instrument de 1,93 m que la toute première exoplanète 51 Pegasi b est découverte en 1995. Depuis 2006, la relève d’ELODIE, baptisée SOPHIE, assure le suivi des observations faites par le satellite français CoRoT. Un instrument qui a confirmé l’existence de la planète extrasolaire Kepler-88b en décembre 2013. L’observatoire est également très impliqué dans l’analyse de l’atmosphère terrestre.

Gros télescope en couleur vert métal de l'Observatoire de Haute-Provence. Il est au centre de l'image sous une coupole d'apparence métallique et est orienté vers le ciel malgré le toit fermé.
Télescope de 1,93 m de l’Observatoire de Haute-Provence. Crédit : José Rodrigues/CC BY-SA 4.0

Monument historique depuis 2017, l’observatoire propose des visites d’avril à septembre et pendant les vacances de la Toussaint. Hélas, en raison de l’épidémie de coronavirus, elles ont été annulées pour 2021.

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Le Centre d’astronomie Saint-Michel-l’Observatoire, de son côté, propose tout de même du 1er juillet au 18 septembre des soirées découvertes, observations du Soleil, lectures du ciel au laser ou encore pique-niques au crépuscule.

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Observatoire de Nice

L’Observatoire de Nice se situe à 370 mètres d’altitude au sommet du Mont Gros (Alpes-Maritimes). Les premières études pour sa construction datent de 1878. Au total, le site comprend 18 pavillons dont 13 signés par l’architecte Charles Garnier (à qui l’on doit l’opéra Garnier à Paris), tandis que la coupole abritant la lunette principale a été imaginée par Gustave Eiffel en personne.

Vue du Mont Gros sur les hauteurs de Nice. De loin, on voit de la végétation provençale et de la pierre blanche, au centre au sommet de la colline une coupole au toit blanc et sur la droite et la gauche un peu en contre-bas des bâtiments en pierres jaunes.
L’Observatoire de Nice. Crédit : Nataraja/CC BY-SA 2.5

Les différents bâtiments et instruments de l’observatoire sont classés aux monuments historiques depuis 1994. Parmi eux, on citera la lunette astronomique équipant le bâtiment grand équatorial, longue de 18 mètres avec une lentille de 76 cm de diamètre. Elle fut pour la première fois opérationnelle en 1888 et était, à l’époque, la plus grande lunette du monde. Le site de l’Observatoire de Nice se visite, et les créneaux de réservation ont bien ouvert ce début juin 2021.

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