Place à la passion du ciel profond : tout en restant profondément attaché à une astronomie simple et accessible, je voulais partager ici quelques moments passés à scruter l’Univers très lointain au puissant télescope « T62 » de l’observatoire de Saint-Véran.

photo galaxie NGC 7331 prise à l'observatoire de Saint-Véran
NGC 7331 et ses « lointaines voisines », photographiée par Mickaël Coulon avec un des astrographes de 500 mm de l’observatoire de Saint-Véran.

Observer les galaxies : l’attrait de l’immensité

Ces astres immensément grands et lointains que sont les galaxies m’ont toujours fasciné : comment ne pas éprouver une sorte de vertige en songeant que ces pâles objets flottant dans le vide cosmique sont des groupements de plusieurs centaines de milliards d’étoiles et donc probablement de milliers de milliards de planètes ? En dirigeant notre regard vers une galaxie, par exemple la galaxie d’Andromède M31 que l’on peut voir facilement dans la moindre paire de jumelles, nous contemplons un lieu qui abrite peut-être des formes de vie intelligente, voire des milliers de civilisations !

Mieux encore : certaines zones du ciel fourmillent de galaxies regroupées en amas. Les amateurs équipés de télescopes peuvent s’adonner au plaisir de naviguer au cœur de certains de ces amas et d’en dénombrer les principaux membres. À l’instar du célèbre duo formé par les galaxies M81 et M82, accessible aux plus modestes instruments, la vision de plusieurs galaxies en même temps est toujours un régal ! Et pour les mieux équipés, comme c’était notre cas avec le télescope de 620 mm de l’observatoire de Saint-Véran, débusquer les galaxies regroupées en amas est aussi un moyen de voyager loin, très loin…

Le programme d’observation

Avec Benjamin et Jérémy, compagnons de coupole en cette nuit du 12 au 13 octobre 2021 lors de notre séjour à l’observatoire de Saint-Véran, nous avions convenu un parcours intergalactique situé dans la constellation de Pégase et comprenant :

  • la galaxie NGC 7331, une belle galaxie facile d’accès accompagnée, dans la même zone, d’autres galaxies beaucoup plus lointaines ;
  • le fameux « Quintette de Stephan », groupe de cinq galaxies ;
  • une plongée au cœur de l’amas Pégase I.

Notre excursion a été facilitée par l’excellente application Stellarium mobile plus qui nous permettait de simuler précisément le champ obtenu et de repérer les galaxies convoitées. Nous reproduisons dans cet article des simulations assez similaires obtenues avec la version web de Stellarium (sans l’inversion d’image droite/gauche provoquée par le renvoi coudé).

La galaxie NGC 7331 et ses voisines

Simulation Stellarium région de NGC 7331
Simulation du champ du télescope T62 avec l’oculaire Nagler 31 mm (taille du champ : 17’). Crédit : Stellarium

La galaxie NGC 7331 est un classique facilement visible même dans des instruments assez modestes. À l’oculaire du T62, elle est lumineuse et se déploie sur une bonne partie du champ. À proximité, trois petites galaxies sont vues facilement : NGC 7335, 7337, 7340. De magnitudes 13,3 à 14,9, elles forment un trapèze avec une étoile brillante. Une quatrième petite galaxie, moins remarquable, se trouve à l’extérieur du trapèze : NGC 7336.

L’ensemble ne forme pas un véritable amas puisque ces galaxies sont à des distances variées : NGC 7331 est à environ 40 millions d’années-lumière tandis que les autres galaxies se situent bien plus loin, à des distances comprises entre 294 et 365 millions d’années-lumière selon cette source.

Le Quintette de Stephan

Simulation Stellarium région du Quintet de Stephan
Simulation du champ du télescope T62 avec l’oculaire Nagler 31 mm (taille du champ : 17’). Crédit : Stellarium

Ce groupement de galaxies est réputé difficile pour les petits instruments : un diamètre de 200 mm minimum est nécessaire pour tenter de le débusquer. Là, nous avions toutes nos chances avec 620 mm et un ciel de haute montagne !

Nous avons donc trouvé le Quintette de Stephan sans difficulté, l’excellente précision de la monture équatoriale et de sa fonction « GoTo » permettant de pointer directement sans effort de repérage. Ce Quintette, découvert en 1878 par l’astronome français Édouard Stephan, était bien visible. Il était notamment plaisant de distinguer les deux noyaux des galaxies NGC 7318A et NGC 7318B qui sont en interaction. Avec NGC 7317 et NGC 7319, elles forment un amas à environ 300 millions d’années-lumière ! La cinquième galaxie, NGC 7320, est beaucoup plus proche : « seulement » 40 millions d’années-lumière.

L’amas Pégase I

Simulation Stellarium du centre de l'amas Pégase I avec NGC 7619, NGC 7623, NGC 7626
Simulation du champ du télescope T62 avec l’oculaire Nagler 31 mm (taille du champ : 17’). Crédit : Stellarium

Suite à la lecture d’un article alléchant paru dans le numéro d’août 2021 de la revue américaine Sky & Telescope, je souhaitais me plonger dans ce bain de galaxies qu’est l’amas Pégase I. Avec Benjamin et Jérémy, nous avons donc pointé dans la région concernée. Une petite confusion dans le pointage initial nous a d’abord égarés au milieu de galaxies que nous n’arrivions pas à reconnaître. Après rectification, nous avons finalement trouvé à l’oculaire la configuration indiquée affichée sur nos cartes de champ.

Le champ du télescope étant étroit en raison de sa longue focale de 9 mètres, nous n’avons vu que trois des galaxies principales de l’amas. Celles-ci formaient un remarquable triangle isocèle marqué en son centre par une étoile assez brillante. Nous voici à des distances entre 140 et 180 millions d’années-lumière et la vue de ce triangle est vraiment plaisante. Nous n’avons pas remarqué sur le coup NGC 7621, visible sur la simulation mais sensiblement plus faible (2,5 magnitudes de plus) que NGC 7623.

Nous aurions pu aussi essayer de nous promener méthodiquement aux alentours pour pêcher d’autres galaxies de ce vaste amas, cependant nous étions déjà assez satisfaits de notre récolte dans cette constellation de Pégase. Nous avons choisi de nous offrir quelques autres cibles très gratifiantes comme la majestueuse galaxie NGC 253 dans la constellation du Sculpteur. Avec un ciel aussi riche, difficile d’explorer méthodiquement une zone du ciel sans céder à la tentation de zapper !

photo de Bertrand d'Armagnac observant au télescope T62 de l'observatoire de Saint-Véran
À l’oculaire du « T62 », le télescope Cassegrain de 620 mm de diamètre et 9 mètres de focale de l’observatoire. Photo : Benjamin Poupard