Du 10 au 17 octobre 2021, toute l’équipe Stelvision a séjourné à l’observatoire de Saint-Véran : perchés à près de 3 000 mètres d’altitude et entourés d’un ciel magnifique, nous y avons vécu des moments astronomiques intenses ! Nous partageons ici avec vous cette expérience immersive exceptionnelle qui nous a transportés dans un autre monde le temps d’une semaine.

Observateur sous les étoiles avec un Stelescope 130 à l'observatoire de Saint-Véran
Alors que la Lune éclaire l’observatoire en début de soirée, le ciel entièrement dégagé promet une belle plongée dans les étoiles. Photo : Carine Souplet / Stelvision

L’arrivée à l’observatoire

Première sensation en arrivant : cette vue à couper le souffle avec des cimes qui nous entourent sur 360°. Nous sommes accueillis par Sébastien qui, une grande partie de l’année, veille sur l’observatoire pour le compte de l’association Astroqueyras. Il assure le bon fonctionnement des installations qui nous permettront de vivre une semaine en autonomie : l’eau courante est puisée dans une citerne alimentée par la fonte des neiges, l’eau potable est stockée dans des bidons remplis au village 900 mètres en contrebas, l’électricité provient des panneaux solaires qui jouxtent les coupoles… Nous pénétrons dans la zone de vie qui s’avère plutôt confortable pour un lieu aussi isolé. Elle est adaptée à la vie nocturne, avec notamment un éclairage rouge dans chaque pièce permettant de se déplacer sans s’éblouir.

photo de l'observatoire de Saint-Véran avec deux coupoles et un paysage de montagnes
Les coupoles des deux astrographes de l’observatoire. Photo : Bertrand d’Armagnac / Stelvision

Trois coupoles abritent les puissants instruments de l’observatoire : sous la plus grosse se trouve le télescope de 620 mm tandis que les deux autres sont équipées de télescopes de 500 mm spécialisés en astrophotographie (astrographes). Devant la zone de vie, une vaste terrasse permet d’installer le matériel d’observation complémentaire amené pour la semaine.

Ce lieu semble désert mais nous ne sommes pas seuls : en grimpant au sommet du pic de Château Renard, nous avons l’immense bonheur de croiser des bouquetins au détour d’un rocher ! Nous avons pu les approcher et les filmer avec un téléphone, peut-être avez-vous vu la vidéo sur notre compte Instagram ?

photo bouquetins au pic de Château Renard près de Saint-Véran
Les bouquetins croisés le jour de notre arrivée. Si vous disposez d’un compte Instagram, cliquez ici pour voir la vidéo. Photo : Bertrand d’Armagnac

Notre groupe et ses objectifs

En comptant trois membres de l’équipe Stelvision (Carine, Isabelle, Bertrand), ce séjour rassemble douze astronomes amateurs aux profils variés, tous motivés par la (re)découverte d’un lieu exceptionnel pour pratiquer l’observation visuelle, l’astrophotographie ou encore le dessin astronomique.

Pour notre équipe Stelvision, ce séjour est une occasion de se remettre à observer intensément après l’achèvement du livre Le Ciel au télescope et le très long travail de réalisation que ce projet a nécessité. En complément des observations avec le matériel de l’observatoire, nous souhaitons aussi tester notre propre matériel dans des conditions optimales : les instruments de notre actuelle gamme Stelescope et un nouveau télescope qui pourrait venir la compléter.

photo de groupe observatoire de Saint-Véran
Le groupe au complet incluant trois membres de l’équipe Stelvision. Photo : Carine Souplet

Les observations visuelles

La richesse du ciel de Saint-Véran est surprenante par rapport aux conditions dont nous disposons en plaine, même à la campagne. Après le coucher du Soleil – un moment qui nous rassemble chaque soir sur la terrasse – vient le temps des magnifiques couleurs du crépuscule avant l’arrivée de la nuit.

À l’œil nu, le Triangle d’été et particulièrement la constellation du Cygne s’inscrit dans une Voie lactée extrêmement lumineuse. Des étoiles filantes nous accompagnent également au long de nos nuits d’observation. Pour les adeptes de ciel profond, c’est un vrai plaisir de voir sans aucune difficulté à l’œil nu quelques merveilles classiques comme la galaxie d’Andromède M31, le double amas de Persée, les multiples amas ouverts du Cocher…

photo de paysage nocturne avec la Voie lactée dans la région du Triangle d’été
Vue vers la vallée de Saint-Véran, avec la Voie lactée dans la région du Triangle d’été. Photo : Carine Souplet

Avec les instruments amenés sur place

Nos jumelles 10×50 ST2 nous plongent dans des vues à grand champ de la Voie lactée et divers objets du ciel profond dont la nébuleuse « North America » (NGC 7000) : cette dernière exige un bon ciel pour être distinguée et nous ne sommes pas déçus, reconnaissant parfaitement sa forme caractéristique de continent nord-américain ! Les jumelles sont aussi l’occasion pour Isabelle, encore débutante (lire son témoignage en fin d’article), d’observer très simplement les cratères de la Lune puis de commencer un véritable tableau de chasse en ciel profond avec le guide Le Ciel aux jumelles.

La lunette Stelescope 70 nous offre de très belles observations de la Lune, de Jupiter et de Saturne . À côté des énormes instruments de l’observatoire, cette lunette de diamètre modeste suscite l’intérêt de plusieurs membres du groupe attachés au plaisir d’observer dans un instrument extrêmement simple d’emploi !

photo d'observateur en montagne avec la lunette Stelescope 70
Observations planétaires avec notre lunette Stelescope 70. Photo : Carine Souplet / Stelvision

Quant à notre Stelescope 130, il excelle sur la galaxie d’Andromède : remarquant sans difficulté une bande d’absorption à la périphérie du noyau de la galaxie, Bertrand a l’impression de retrouver quasiment la même vision qu’avec le télescope de 250 mm qu’il utilise en plaine ! C’est l’excellente qualité du ciel de montagne qui le permet. Cela démontre une fois de plus qu’une observation réussie combine un bon ciel, du bon matériel, et si possible un peu d’habitude afin de savoir où dénicher les détails.

Pendant la journée, le Stelescope 130 nous permet également quelques belles observations du Soleil et des essais de photo au smartphone.

photo du Soleil au smartphone et dispositif utilisé avec Stelescope 130.
Un simple smartphone peut donner des résultats intéressants en quelques instants, comme ici sur le Soleil où une belle tache a pu être photographiée avec un Stelescope 130 et un adaptateur permettant de fixer le téléphone. Pour faciliter le pointage du Soleil, Carine avait amené un petit pointeur artisanal basé sur un cylindre en carton : efficacité prouvée ! Photos : Bertrand d’Armagnac / Stelvision

Avec le télescope « T62 » de l’observatoire

Nous profitons également des extraordinaires possibilités du télescope de 620 mm : en observation lunaire et planétaire en début de soirée, puis en ciel profond lorsque la Lune, après son coucher, laisse place à un ciel bien noir.

Le planétaire

Jupiter offre un spectacle incroyable aux forts grossissements permis par les 9 mètres de focale de l’instrument. L’important diamètre de 620 mm et quelques périodes de ciel particulièrement propice (peu de turbulence) nous ont permis de détailler un chapelet d’ovales blancs dans la zone polaire sud, l’ombre du satellite Io et d’innombrables bandes nuageuses, jusqu’à 14 selon Jérémy qui les a méticuleusement comptées !

photo de Jupiter prise à l'observatoire de Saint-Véran
Cette belle image de Jupiter illustre bien ce que nous avons pu voir de nos propres yeux au télescope de 620 mm. Remarquez le satellite Io et son ombre projetée sur le disque jovien. Photo : Mickaël Coulon

Saturne n’est pas en reste, avec de belles formations nuageuses sur le globe, de nombreux satellites, l’anneau de crêpe bien visible et une division de Cassini superbe de netteté sur toute sa circonférence.

Nous poussons jusqu’à Neptune vue comme un petit disque bleuté accompagné du satellite Triton, très bien visible.

La Lune nous gratifie de magnifiques paysages aux forts grossissements permis par le « T62 » : quel plaisir de se promener parmi les cratères et autres chaînes de montagnes en manipulant la raquette de pointage : un vrai survol en vaisseau spatial !

Le ciel profond

Bien sûr, c’est le ciel profond qui nous offre le plus de possibilités d’observation avec les innombrables nébuleuses, galaxies et amas qui peuplent le ciel : le plus difficile étant de choisir entre des cibles un peu originales et des cibles classiques déjà vues maintes fois mais magnifiées ici par le télescope de grand diamètre et la qualité du ciel – l’exemple type étant la grandiose nébuleuse d’Orion dont on ne se lasse pas de détailler les volutes… Découvrez ci-dessous quelques dessins qui rendent compte de certaines observations.

dessin de la nébuleuse NGC 2392 de l’Esquimau
La nébuleuse NGC 2392 de l’Esquimau était magnifique au télescope T62, justifiant son nom par cette apparence de tête entourée d’une grosse capuche de fourrure. Dessin : Carine Souplet
dessin de NGC 253, la galaxie du Sculpteur
NGC 253, la galaxie du Sculpteur, se déploie sur une grande partie du champ du télescope T62. Distante d’environ 10 millions d’années-lumière, elle présente des zones poussiéreuses en son centre. Dessin : Carine Souplet

Les galaxies se regroupent souvent en amas à des distances vertigineuses. Si les grands espaces situés au-delà de 100 millions d’années-lumière vous attirent, lisez le récit de Bertrand qui a effectué une plongée dans les immensités intergalactiques en compagnie de Jérémy et Benjamin.

La pratique du dessin astronomique

Carine et plusieurs autres adeptes se sont livrés à l’astrodessin. La pratique du dessin de nuit n’est pas toujours aisée, mais les dessinateurs de la mission sont équipés pour saisir sur le vif leurs observations et les retravailler dans des conditions plus confortables. Résultat : une belle moisson de dessins !

dessins astronomiques réalisés à l'observatoire de Saint-Véran
Les premiers dessins réalisés sont regroupés par cible, ce qui permet aux astrodessinateurs de comparer leur perception des détails. Vous voulez essayer de faire votre premier astrodessin ? Consultez l’article de Carine. Photo : Carine Souplet

Et même…la peinture de paysages

Guy aime s’adonner à la peinture de paysages nocturnes, une discipline originale qui tient à la fois de la photo d’ambiance et de l’astrodessin !

photo d'une personne en train de peindre un paysage à l'observatoire de Saint-Véran
Guy en train de peindre. Photo : Carine Souplet
Peinture de paysage nocturne devant l'observatoire de Saint-Véran
Le banc de pierre et le fabuleux paysage devant la terrasse de l’observatoire. Peinture de Guy Buhry.

Côté photos

Impossible de rendre compte ici de toute l’activité photographique : qu’il s’agisse de photos d’ambiance, de photos prises dans chacun des deux astrographes de l’observatoire, ou encore de celles prises avec le matériel amené par certains membres du groupe, les nuits claires dont nous bénéficions toute la semaine sont rentabilisées au maximum !

Par exemple, Mickael peut terminer le panorama complet de la Voie lactée qu’il avait commencé lors d’un précédent séjour : vous pouvez voir le rendu magnifique de son travail sur son site. Il réalise aussi de belles photos d’ambiance mettant en valeur l’observatoire.

Photo d’ambiance prise devant l'observatoire de Saint-Véran avec coupole T62 et lunette Stelescope 70
Photo d’ambiance prise devant l’observatoire. Image panoramique réalisée par Mikaël Coulon (la version HD permet de mieux apprécier la qualité de cette image offrant un beau ciel étoilé avec notamment la Grande Ourse posée sur le pic de Château Renard).

Le matériel utilisé par nos compagnons de mission est impressionnant et les durées d’acquisition et de traitement des images aussi ! Après achèvement de toutes les étapes de traitement, nous ne doutons pas que certaines photos se feront remarquer sur les forums et revues spécialisées ! Et bien sûr, nos amis astrophotographes seront les bienvenus à notre prochain concours photo semestriel (automne/hiver 2021-2022).

photo de galaxie Arp 273 prise à l'observatoire de Saint-Véran
Cette fascinante image a été réalisée avec l’un des deux astrographes de l’observatoire. Elle révèle l’étonnante paire de galaxies Arp 273. Ces deux galaxies en interaction sont situées à plus de 300 millions d’années-lumière. Crédits : Romain / Mathieu Senegas / Mickaël Coulon / Antony Girault / Astroqueyras

De nombreux échanges et de beaux souvenirs

Nos échanges avec les autres membres du groupe ont été très riches concernant leurs pratiques d’achat de matériel, leurs expériences d’observations selon leurs lieux de vie (Paris, campagne, etc.) et également concernant les aspects pédagogiques qui nous tiennent tant à cœur chez Stelvision : c’est ainsi que nous avons pu avoir des échanges très intéressants avec Guy, qui pratique régulièrement l’animation astronomique notamment en milieu scolaire, ainsi qu’avec Benjamin et Jérémy, médiateurs scientifiques au planétarium de Reims et à l’observatoire de Beine-Nauroy. Ce ne sont que quelques exemples car tous les participants – observateurs visuels, photographes, dessinateurs, chasseurs d’éclipses ou d’aurores boréales – avaient une expérience à partager.

Ainsi, bénéficiant en plus d’une météo exceptionnelle pendant toute la semaine, nous avons été comblés par une profusion d’observations et d’échanges !

Le témoignage d’Isabelle, chargée de gestion administrative et financière chez Stelvision et novice en matière d’observation astronomique.

« Au début de la nuit, j’ai été très impressionnée par la richesse du ciel, je me suis retrouvée perdue dans mes jumelles, à voir une multitude d’étoiles qui n’étaient pas présentes à l’œil nu, donc je ne savais pas ce que je regardais. Plus tard, avec un ciel noir et un bon repérage des principales constellations à l’œil nu au préalable, la navigation devient plus aisée et viser « droit » permet de tomber sur l’objet convoité quasiment du premier coup : j’ai pu cocher en une soirée 10 des objets de ciel profond parmi les plus faciles proposés par le livre Le Ciel aux jumelles. Cela m’a motivée pour utiliser les autres instruments présents sur le site. »

Photo d'une personne observant la Lune en montagne avec une lunette astronomique Stelvision
Isabelle observant la Lune avec la lunette Stelescope 70. Photo : Carine Souplet / Stelvision