Tous les ans au mois d’août, la pluie d’étoiles filantes des Perséides émerveille petits et grands. Leurs grandes sœurs les météorites font aussi le show dans le ciel mais surtout, atteignent la surface de la Terre. Zoom sur ces cailloux de l’espace à la richesse scientifique inestimable.

Photo de la plus grosse météorite de France découverte en 2018. Le gros caillou gris anthracite est tenu dans les mains gantées d'un membre du Muséum national d'histoire naturelle de Paris.
Fragment de météorite exposé au Musée d’histoire naturelle de Paris. Crédit : Jacques Demarthon/AFP

Qu’est-ce qu’une météorite ?

Lorsqu’un objet céleste rentre en contact avec l’atmosphère terrestre, on le qualifie de météoroïde. Les étoiles filantes sont issues de météoroïdes de l’ordre du millimètre, des poussières, tandis que les météorites sont originaires de météoroïdes plus gros.

Animation qui montre un caillou relativement sphérique (météoroïde), qui en pénétrant l'atmosphère s'échauffe et s'illumine (météore) avant de s'écraser au sol (météorite).
Un météoroïde produit un météore en s’échauffant, et devient parfois météorite. Crédit : CC BY-SA 3.0

Quand une poussière pénètre l’atmosphère à grande vitesse, elle s’échauffe et devient étoile filante, créant ainsi la traînée lumineuse tant appréciée des terriens. La poussière se désagrège complètement, en quelques secondes à peine.

Bien que tout météoroïde perde de la matière lors de sa traversée de l’atmosphère, tous ne se vaporisent pas. Une partie des gros corps célestes qui croisent la route de notre planète finit sa course sur le sol terrestre, devenant ainsi météorite. En général, le résidu parvenant à atterrir représente entre un centième et un millième de la roche initiale.

À noter que la traînée lumineuse créée par la chute d’un météoroïde dans l’atmosphère est appelée météore. Les météores les plus lumineux, visibles mêmes de jour, sont eux qualifiés de bolides.

Illustration de la chasse aux météorites : deux météorites sont posées au premier plan sur le sol jaune du désert du Dhofar (Oman), derrière en flou une femme s'approche, elle est descendue d'un 4x4 aux portes ouvertes au troisième plan, aussi flou.
Recherche de météorite dans le désert du Dhofar (Oman). Crédit : CC BY-SA 3.0

D’où proviennent les météorites ?

La Meteoritical Society, qui publie chaque année un catalogue des nouvelles météorites analysées, en dénombre plus de 60 000 en 2018. Chaque année 1500 météorites supplémentaires sont découvertes, dont 1400 grâce à l’observation de leur météore.

L’immense majorité – 99,8 % ! – des météorites ramassées sur Terre correspond à des fragments d’astéroïdes. Souvent, ces fragments proviennent de la collision de deux astres de la ceinture principale entre Mars et Jupiter, un des deux principaux réservoirs à petits corps du Système solaire avec la ceinture de Kuiper.

La plus grosse météorite du monde a été évaluée à près de 70 tonnes à son arrivée sur Terre. Appelée météorite de Hoba, elle est le plus gros bloc naturel de fer connu sur notre planète. Depuis sa chute en Namibie il y a environ 80 000 ans, érosion, prélèvements scientifiques mais aussi actes de vandalisme ont réduit sa masse à 60 tonnes (tout de même !).

Photo prise par un touriste en 2014 de la plus grosse météorite du monde. Elle est en Namibie et à été placée au centre d'une mini arène.
Hoba, la plus grosse météorite du monde. Crédit : CC BY-SA 2.0

En outre, il arrive que les météorites ne soient pas issues d’astéroïdes. Certaines résultent en effet de l’impact entre un astéroïde… et la Lune, ou même Mars ! Après une collision avec la surface de notre satellite naturel ou de la planète rouge, des fragments de roche de ces derniers peuvent être éjectés dans l’espace. Si le choc est suffisamment puissant, ces cailloux échappent alors à l’attraction gravitationnelle de leur corps parents pour venir croiser l’orbite de la Terre par la suite. Ce transfert peut d’ailleurs prendre jusqu’à plusieurs millions d’années.

La première météorite lunaire, Allan Hills A81005, a été découverte en 1982 lors d’une expédition en Antarctique. À ce jour, on en recense plus de 160.

Photo de la première météorite lunaire découverte : sur fond blanc, c'est un caillou aux couleurs marron, qu'on dirait cassé, avec des touches de blanc.
Première météorite lunaire découverte en 1982. Crédit : Nasa

Les météorites martiennes sont aussi très peu nombreuses avec seulement 124 recensées en 2018. En outre, il existe un type de roche encore plus rare : les météorites en provenance de Mercure. Une roche découverte en 2012 au Maroc a été soupçonnée d’être la première jamais repérée. Elle ne comporte en effet aucune trace de fer, point commun avec la surface de Mercure quasiment dépourvue de ce métal. Toutefois, l’origine du caillou n’a toujours pas été confirmée…  

Photo d'une météorite découverte en 2012 qui pourrait venir de Mercure : elle a une teinte particulière de vert.
Une météorite en provenance de Mercure ? Crédit : Site www.meteoriten.com

À noter qu’aucune météorite ne peut provenir de Vénus. La gravité y est si forte qu’un morceau de la planète issu d’un impact ne pourrait pas s’en échapper. Enfin, la gravité de Jupiter nous empêche de recevoir des fragments en provenance de ses satellites rocheux (Io, Europe, Ganymède et Callisto).

Enfin, certaines météorites pourraient être issues de noyaux de comètes, comme plusieurs scientifiques l’affirment pour la météorite d’Orgueil. Cette dernière est une référence car elle possède la même composition chimique… que le Soleil !

Photo de la météorite d'Orgueil, sur un support blanc, elle est ovoïdale et gris anthracite.
La météorite d’Orgueil, potentiellement issue d’une comète. Crédit : CC BY-SA 4.0

La roche de 14 kg s’est écrasée dans le Tarn-et-Garonne en 1864 et fait partie des météorites primitives ou chondrites, qui n’ont quasiment pas évolué depuis 4,57 milliards d’années. On y a même décelé des traces d’acides aminés, les “briques élémentaires” de la vie.

La météorite d’Orgueil et les chondrites sont ainsi de précieux indices pour la compréhension des processus de formation du Système solaire et de l’apparition de la vie sur Terre. L’analyse de certaines a même révélé la présence de matière datant d’avant l’apparition du Soleil…

Où trouver une météorite ?

Statistiquement, entre 2000 et 5000 météorites de plus d’un kilogramme atterrissent sur notre planète chaque année. Plus des deux tiers se perdent, notamment dans les océans qui recouvrent près de 71 % de la surface terrestre. Mais restons positifs, la chasse aux météorites n’est pas mission impossible.

Tout d’abord, il faut sélectionner des terrains nus et homogènes, où un caillou isolé tombé du ciel – et encore non recouvert de sable ou de neige – se repère facilement : désert, banquise, lac asséché… Les climats humides provoquent une décomposition rapide des météorites, donc les endroits secs sont conseillés. C’est pour l’instant dans le désert du Sahara qu’on en a découvert le plus grand nombre.

Météorite sombre sur le sol jaune pâle du désert du Soudan, sur fond de ciel bleu sans nuage.
Météorite Almahata Sitta in situ dans le désert du Soudan. Crédit : P. Jennisken/SETI Institute

En toute logique, il est aussi probable de trouver des fragments de météorite dans les cratères d’impact. Mais comment les repérer ? Un creux relativement circulaire à la surface de la Terre peut correspondre à un cratère volcanique, un effondrement du sol, un plissement naturel… Heureusement, les cratères météoritiques ont une particularité.

Vue du ciel d'un des plus grands cratères du monde, le Manicouagan : on voit un anneau d'eau en bleu marine qui en dessine ses extrémités car il a été rempli par un lac artificiel.
Cratère Manicouagan au Canada, un des plus grands du monde (100 km de diamètre). Crédit : Bing Maps

L’impact produit par une météorite est tellement violent qu’il parvient à modifier la structure cristalline des quartz. Cette espèce minérale est contenue dans tous les granites, roches qui forment l’essentiel de la croûte terrestre et donc présentes un peu partout. Les quartz “choqués” sont des marqueurs de la présence d’un cratère de météorite, aucun autre choc naturel ne pouvant justifier leur présence. Pour les repérer, il faut nécessairement utiliser un microscope.

Quartz choqué entouré de verre naturel, vu en couleur jaune au microscope. Le quartz choqué est plus clair et parsemé de stries.
Quartz choqué (il présente des stries parallèles) entouré de verre naturel, vu au microscope. Crédit : CC BY-SA 3.0

Comment reconnaître une météorite ?

Pour différencier une météorite d’une roche terrestre, le premier critère est l’aspect visuel. En traversant l’atmosphère, les météorites s’échauffent et se vaporisent partiellement, d’où la présence d’une croûte de fusion de quelques millimètres d’épaisseur à leur surface. Elles sont de couleur noir si la chute est récente, puis avec le temps, s’oxydent et se teintent en brun.

Météorite de couleur noir dans la main d'un chasseur de météorites. Le noir indique que sa chute est récente.
Météorite à la chute récente. Crédit : L. Carion
Météorite de couleur marron foncé avec croûte de fusion, posée sur un support noir.
Météorite avec croûte de fusion. Crédit : L. Carion

Les météorites peuvent être brillantes ou mates, et présenter des reflets métalliques. En général, leur surface est plutôt régulière, bien qu’elles puissent présenter de petites zones arrondies ou encore des regmaglyptes, plus simplement nommées “empreintes de pouces” – similaires à des traces de doigts dans de la pâte à modeler.

Météorite avec "empruntes de pouce", elle va du marron très foncé au marron clair au centre d'une multitude de creux dessinés dans la roche.
Météorite avec “empreintes de pouce”. Crédit : L. Carion

Un second critère pour différencier une météorite d’une pierre quelconque est sa masse. L’étude de la composition chimique des météorites ramassées sur Terre permet de les diviser en trois familles : les météorites pierreuses (92,8 %), mixtes (5,7 %) et ferreuses (1,5 %). Les météorites pierreuses, appelées lithoïdes (chondrites à 85,7 % et achondrites à 7,1 %), ont une densité environ deux fois moins importante que celle des roches terrestres. Pour un caillou de même volume, elles paraîtront donc plus légères.

Météorite de type chondrite, exposée sur fond blanc. Elle est gris foncé avec des petits points en différentes nuances de gris, les chondrules.
Exemple de chondrite. Crédit : CC BY-SA 3.0

À l’inverse, les météorites ferreuses, ou sidérites, sont en général deux à trois fois plus denses et donc plus lourdes que les roches terrestres de même taille. De plus, composées essentiellement de fer, les sidérites contiennent entre 20 et 100 fois plus de nickel, platine et iridium qu’une pierre quelconque. Une composition caractéristique. Un simple aimant au bout d’un bâton ou un détecteur de métaux plus sophistiqué permet ainsi de repérer une potentielle météorite ferreuse parmi d’autres roches, avant vérification au microscope.

Enfin, si la météorite a été brisée, il est possible d’observer de petits grains métalliques, ou si c’est une chondrite, de minuscules billes composées majoritairement de silicate et appelées chondres. Une caractéristique quasi absente des roches terrestres.

Zoom sur une météorite grise avec de petits points blancs, des chondres de silicate.
Exemple de chondres. Crédit : L. Carion

Finalement, pour être sûr qu’une roche soit bien issue de l’espace, une analyse en laboratoire est indispensable.

Chasseurs de météorites

Maintenant que vous avez tous les ingrédients pour partir à la recherche d’une météorite, sachez qu’au-delà de l’activité de loisir, il existe des chasseurs de météorites professionnels. Dans leur jargon, ils distinguent les “chutes” qui correspondent aux météorites découvertes après observation de leur météore, et les “trouvailles”, roches qui ont pu atterrir il y a des années. Les météorites sont très souvent nommées d’après la ville ou le lieu-dit le plus proche duquel elles ont été trouvées.

Scientifiques en doudounes rouges et noires sur la banquise, détecteurs de métaux en main, à la recherche de météorites.
Recherche de météorites sur la banquise. Crédit : H. Raab/ANSMET/Nasa

Les météorites ont non seulement une grande valeur scientifique, mais comme beaucoup d’objets rares, également une grande valeur marchande. Les collectionneurs négocient par exemple les météorites d’origine martienne autour de 1000 € le gramme ! En 2000, un météorite de type pallasite – extrêmement rare – d’environ une tonne a été découverte dans le désert de Gobi (Chine). Nommée météorite de Fukang, elle est la plus chère du monde avec une valeur de 1,7 millions d’€ !

Deux photos côte à côte de la météorite de Fukang : à gauche un échantillon, au soleil on voit des touches de doré, et à droite portée par un homme. Le soleil derrière lui donne aussi des reflets or.
Météorite de Fukang, la plus chère du monde. Crédit : Arizona Meteorite Laboratory

Alors, entre richesse scientifique inestimable des météorites et valeur marchande non négligeable, une seule phrase pour conclure ce dossier… À vos aimants !


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