Uranus fait partie des planètes peu observées parce qu’elle est lointaine et apparaît minuscule. Pourtant, son observation n’est pas dénuée d’intérêt ! Découvrez cette géante gazeuse méconnue.

Tailles comparées de la Terre et de la planète gazeuse Uranus. Uranus a un diamètre correspondant à quatre fois celui de la Terre.
La Terre et la planète gazeuse Uranus à la même échelle. Crédit : NASA/JPL

Septième planète la plus éloignée du Soleil, Uranus est une planète gazeuse située à 2,8 milliards de kilomètres de notre étoile. Bien que souvent délaissée des astronomes, elle mérite pourtant qu’on prenne le temps de l’observer : après tout, Uranus est quand même la troisième plus grosse planète de notre Système solaire après Jupiter et Saturne ! Son diamètre fait quatre fois celui de la Terre.

Quand la voir et comment la repérer ?

En raison de son éloignement, Uranus met 84 ans pour effectuer un tour complet autour du Soleil et c’est pourquoi son déplacement apparent sur le ciel étoilé est lent. La planète se situe actuellement dans la constellation du Bélier où elle restera jusqu’en mai 2024. Elle passera ensuite dans la constellation du Taureau.

Cette trajectoire a pour avantage qu’Uranus est observable dans de bonnes conditions depuis les latitudes moyennes de l’hémisphère nord pour de nombreuses années à venir. Depuis le centre de la France, la planète culmine ainsi à plus de 50 degrés de hauteur lorsqu’elle passe au plus haut, plein sud.

Position d’Uranus au 1er novembre jusqu’en 2024.

Bien qu’on l’observe peu, Uranus est pourtant théoriquement visible à l’œil nu si le ciel est bien noir car sa magnitude oscille entre 5,3 et 5,9. Elle est facilement repérable aux jumelles, lunettes et télescopes… à condition de savoir où la chercher ! Car en effet, ce n’est qu’un minuscule disque lumineux, quasi ponctuel à faible grossissement et bien moins reconnaissable au premier coup d’œil que Jupiter ou Saturne. Une carte précise est bien sûr d’une aide précieuse.

Aux jumelles 10×50, on peut par exemple utiliser le triangle formé par les étoiles ξ, ξ2 et ξ3 (xi, xi2 et xi3, voir la carte ci-dessous, pointillés jaunes), faiblement visibles à l’œil nu. Une fois ce triangle repéré, placez l’étoile ξ dans le bas des jumelles : Uranus se trouve alors dans la partie haute du champ (matérialisé par le cercle bleu).

Localisation de la planète Uranus entre novembre 2020 et avril 2021. Le cercle bleu de 6 degrés représente le champ d'une paire de jumelles. La planète se repère à partir de la tête de la Baleine.
Localisation de la planète Uranus entre novembre 2020 et avril 2021. Le cercle bleu de 6 degrés représente le champ d’une paire de jumelles.

Uranus de mois en mois en 2020-21

Les conditions d’observation d’Uranus sont très favorables en novembre 2020 car la planète est en opposition le 31 octobre (moment où elle se trouve aussi au plus près de la Terre). Elle culmine alors dans le ciel vers le sud en milieu de nuit et est observable dès la nuit tombée entre l’est et le sud.

En décembre 2020, la planète est au plus haut (vers le sud) de plus en plus tôt dans la soirée, ce qui est particulièrement propice à sa recherche. Le 15 décembre par exemple, elle se trouve plein sud aux alentours de 21h30 (heure de Paris).

En janvier 2021, Uranus est quasiment plein sud dès la nuit tombée et reste observable en première partie de nuit. Notez tout particulièrement la date du 21 janvier : Uranus se trouve alors à moins de 2 degrés de Mars. C’est un bon moyen pour localiser la lointaine planète si vous n’y êtes pas parvenu auparavant car Mars se repère facilement à l’œil nu. On peut aussi trouver Uranus grâce à la planète rouge quelques jours avant et après cette date. L’illustration ci-dessous vous donne la trajectoire de Mars entre le 15 et le 25 janvier par rapport à Uranus (qui bouge très peu), au travers d’une paire de jumelles standard (de type 10×50).

Ce schéma montre la position de Mars par rapport à Uranus telles que vues dans le champ d'une paire de jumelles 10x50, entre le 15 et le 25 janvier 2021. La planète Uranus bouge très peu pendant ce laps de temps. Mars est d'aspect orangé et Uranus bleu-vert très pâle.
Positions de Mars par rapport à Uranus telles que vues dans le champ d’une paire de jumelles 10×50, entre le 15 et le 25 janvier 2021. La planète Uranus bouge très peu pendant ce laps de temps.

Février 2021 sonne la fin de la période d’observation d’Uranus : les crépuscules sont de plus en plus tardifs et la planète toujours plus proche de l’ouest. On peut toutefois encore la rechercher en tout début de nuit jusqu’à la fin mars, de plus en plus basse sur l’horizon.

La période suivante d’observation débutera ensuite en juillet 2021, la planète sera alors visible à l’est en fin de nuit.

Que peut-on voir ?

On en convient, l’observation d’Uranus n’est pas aussi passionnante que celle de Jupiter, Saturne ou Mars. Mais le fait de localiser cette planète et de se dire que ce que l’on voit se trouve à près de trois milliards de kilomètres est gratifiant, voire même donne un peu le vertige… songez que la lumière qu’elle renvoie (et dont la vitesse est de 300 000 km/seconde) met plus de deux heures et demie à nous parvenir !

Le disque d’Uranus

Vu depuis le Terre, le disque d’Uranus est minuscule : entre 3 et 4 secondes d’arc. Toutefois, Uranus est une cible brillante reconnaissable dès qu’on grossit plus de 100 fois. On observe un petit disque aux bords un peu diffus, très différent d’aspect d’une étoile ponctuelle. D’ailleurs, faire la netteté sur une telle cible n’est pas aisé : pensez à la régler auparavant sur une étoile !

Si certains détails de son atmosphère sont mis en évidence par les astrophotographes, une si belle image d’Uranus ne peut être obtenue que par un télescope professionnel, ici l’observatoire Keck. Crédit : Lawrence Sromovsky, Université du Wisconsin-Madison/W.W. Keck Observatory

La couleur d’Uranus

L’atmosphère est en fait la seule chose que nous voyons d’Uranus et pour être plus précis, seule sa couche la plus externe est visible. Sa couleur est bleu-vert et plutôt délavée, plus délicate à saisir que celle de la planète Neptune (qui est franchement bleue). En fait, suivant l’observateur, le lieu et l’instrument utilisé, les couleurs rapportées vont du bleuté au verdâtre, quand ce n’est pas le jaune ou le blanc ! Le mieux est donc de se forger sa propre opinion, en utilisant un télescope d’au moins 150 mm de diamètre.

Hélas, cette couleur est assez uniforme et seuls les astrophotographes confirmés et les instruments scientifiques arrivent à en tirer quelques détails. Il faut en effet utiliser des filtres pour que des bandes nuageuses, parfois des taches correspondant à des tempêtes ou quelques structures près du pôle visible apparaissent.

Les satellites d’Uranus

Enfin, sachez qu’Uranus est entouré d’au moins 27 satellites, mais seuls cinq d’entre eux sont relativement accessibles à l’astronome amateur… et encore ! Celui-ci devra être doté d’un télescope de 350 mm de diamètre au minimum pour voir le plus brillant à l’oculaire. Sur ce sujet, mieux vaut donc se tourner vers l’autre géante gazeuse lointaine, Neptune, dont le principal satellite, Triton, est accessible à partir de 250 mm de diamètre instrumental.

Pour en savoir plus sur Uranus, lisez notre dossier Uranus, la géante glacée.